22 octobre 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] La Salette, En Acte.

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 21 octobre 2017

Nous cherchons le passé, voulant le rétablir,
Mais il est disparu – il faut nous ressaisir.

Toute prophétie est mystérieuse. À preuve le Secret de La Salette, révélé en 1846 à une paysanne française dans les Alpes. Ce fameux Secret rejoint toutefois les grandes lignes des prédictions du vénérable Holzhauser sur les cinquième, sixième et septième Époques de l’Église. De sorte que la majeure partie du Secret couvre nos temps qui se situent à la fin de la cinquième Époque. Nous citons ci-après en italique une partie substantielle du Secret, et nous la faisons suivre par une analyse parallèle que fait un prêtre de la Résistance de nos temps à la fin de la même Époque. D’abord N.D. de la Salette :—
“Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi aura été éteinte et qu’une fausse lumière éclairera le monde. (...) Le vicaire de mon fils aura beaucoup à souffrir, parce que pour un temps l’Église sera livrée à de grandes persécutions : ce sera le temps des ténèbres ; l’Église subira une crise affreuse. La sainte foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques, tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds ; on ne verra qu’homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde, sans amour pour la patrie ni pour la famille. (...) Les gouvernements civils auront tous un même dessein qui sera d’abolir et de faire disparaître tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l’athéisme, au spiritisme et à toutes sortes de vices...“
Et maintenant le prêtre de nos propres temps: —« L’impact de la Révolution a toujours été colossal, mais aujourd’hui, en 2017, la tempête est à son comble. Il est temps de nous replier pour nous aider mutuellement à survivre. Pour cela il faut un abandon total à la Providence divine, mais aussi prier davantage et étudier la façon dont nous devons naviguer pour survivre dans cet ouragan. Il est inutile de vouloir faire revivre le style de vie du « catholique du dimanche » que trop de Traditionalistes se sont efforcés de restaurer après le séisme de Vatican II. Les années 1950 et 1970 sont à jamais révolues. Par cette crise, Dieu purifie son Église. Il se peut qu’elle soit réduite à un petit nombre et qu’elle doive adopter un style de vie proche de l’Église primitive. Les beaux bâtiments, les reliques, les œuvres d’art et les musées se sont perdus une première fois avec les modernistes ; ils le seront une fois encore avec les musulmans, avec les causes naturelles et les guerres. Préparons-nous à l’entière disparition de l’héritage chrétien et, de même que Lot dut s’enfuir de Sodome, fuyons la Rome néo-moderniste sans regarder derrière nous!

«En effet, supposons que, par extraordinaire, une intervention directe de Dieu permette, lors du prochain Conclave romain, l’élection du meilleur des cardinaux au souverain pontificat. Que pourrait-il faire pour restaurer l’Église? Pratiquement rien, si ce n’est offrir à Dieu toutes les persécutions qu’il devrait subir au lendemain même de son élection. Pourquoi ? Parce que, comme nous l’avons vu avec le Président Trump aux États-Unis, tout le mécanisme administratif de l’Église resterait encore aux mains des ennemis du pape, et il ne disposerait de personne de convenable pour les remplacer. Et même si, au prix d’une série de miracles, Rome, dans son ensemble, revenait à la foi catholique, ne serait-il pas devenu pratiquement impossible de convertir le reste du monde au vu de son orientation actuelle? Où trouver le moyen d’empêcher l’humanité de sombrer presque entièrement dans l’inhumain, dans la contre-nature, dans l’irréalité? Comment une Rome convertie pourrait-elle demain évangéliser les «Zombies»?

«Nous traversons un nouveau Déluge, celui de la Révolution, où l’Arche salvatrice, autrefois installée à Rome, est maintenant piratée par les ennemis de Dieu et en passe d’être sabordée. La Fraternité Saint Pie X a joué le rôle d’un canot de sauvetage. Mais depuis 2012, elle a jeté une corde vers cette arche en train de sombrer et elle lui reste désormais bien attachée. Nous autres, pauvres âmes de la «Résistance», ballottés dans les eaux, nous nous accrochons à des bouts de bois pour avoir la vie sauve. C’est ainsi. Nous ferons mieux de faire face à la réalité qui nous entoure.»

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Ce que dit Poutine

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 14 octobre 2017

Les tribulations sont riches d’enseignements.
C’est pourquoi fer et feu frapperont l’Occident.

Tout ce qui nous entoure aujourd’hui dans le monde est sens dessus dessous. Il ne faut donc pas s’étonner d’entendre le pape parler comme un chef communiste alors que le chef de la Russie parle comme un pape catholique. En lisant les «Commentaires» du 5 août dernier, un lecteur a été surpris du fait que nous parlions de la « sainte Russie », alors que, depuis 1917, la Russie répand ses erreurs partout dans le monde. Mais l’expression “sainte Russie” remonte bien avant le 20ème siècle. Elle évoque le penchant naturellement religieux du peuple russe. Certes, de 1917 à 1989, la Russie servit de berceau au communisme international, mais ce fut uniquement par ferveur religieuse, car il s’agissait et il s’agit encore du messianisme matérialiste, principal ersatz juif servant de religion pour les post-chrétiens. (Au demeurant, ceux-ci n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes!)

Toutefois, les souffrances causées par 72 ans de communisme ont servi de leçon au peuple Russe, si bien qu’ils retrouvent maintenant le chemin vers le Christ. Or ce retour vers Dieu leur a mérité d’avoir de Lui pour dirigeant un véritable homme d’État. Beaucoup d’âmes honnêtes, partout dans le monde, mettent en lui leur espoir. Certains connaisseurs de la perfidie du Nouvel Ordre Mondial se méfient encore de Vladimir Poutine, ce qui est compréhensible ; mais, comme on dit en Amérique, s’il parle, s’il marche et s’il agit comme un disciple du Christ, le bon sens veut qu’il soit effectivement disciple du Christ. Voici le texte d’un discours prononcé il y a quatre ans en Russie (retranscrit d’après les sous-titres d’une vidéo). Vous jugerez vous-mêmes si sa vision du monde est chrétienne ou non :
Ce que nous observons hors de Russie en politique étrangère, en morale ou dans d’autres domaines, constitue un défi pour l’avenir de notre identité nationale. Nous constatons que de nombreux États euro-atlantiques ont pris le chemin du reniement ou du rejet des racines chrétiennes qui constituent la base de la civilisation occidentale. Dans ces pays, les fondements de la morale et de toute identité traditionnelle sont remis en cause – les identités nationales, religieuses, culturelles, voire du genre lui-même, sont niés ou relativisés. Dans ces pays, une famille nombreuse est traitée, sur le plan juridique, à l’égal d’un partenariat homosexuel : la foi en Dieu équivaut à la foi en Satan. Les excès et les exagérations du «politiquement correct» font que ces pays envisagent sérieusement de considérer comme légitimes des partis politiques favorisant la propagande pour la pédophilie. 
En fait, ces pays européens ont une telle honte de leur appartenance religieuse qu’ils ont même peur d’en parler. Les vacances et les fêtes chrétiennes sont supprimées ; on les rebaptise d’un nom neutre, comme s’il s’agissait d’un objet de honte. En conséquence, la valeur morale profonde de ces célébrations est perdue de vue. Ces pays tentent d’imposer cette manière de voir à d’autres pays. Je suis profondément convaincu que vivre de cette façon conduit à une culture dégradée, et produira un retour à l’état primitif. C’est pourquoi la crise démographique et morale de l’Occident va toujours s’aggravant. Aujourd’hui, dans presque tous les pays de l’Ouest, le taux de natalité est insuffisant pour permettre le renouvellement des générations, en dépit de l’apport de populations immigrées. Cette incapacité à se reproduire n’est-elle pas la preuve la plus flagrante de la crise morale que traverse l’Occident? 
Privés des valeurs morales enracinées dans le christianisme et dans d’autres religions du monde, dépourvus des règles et des valeurs morales qui se sont élaborées et développées au cours de millénaires, les peuples perdent inévitablement leur dignité. C’est pourquoi nous pensons qu’il est juste et naturel de défendre les valeurs morales propres au christianisme. Certes, nous devons respecter le droit à l’auto-détermination de chaque minorité mais, selon le même principe, il ne peut et ne doit y avoir aucun doute sur les droits de la majorité. 
Corrélativement à la décadence occidentale que nous constatons au niveau des nations, nous observons, au niveau international, une tentative d’unification du monde selon un modèle unipolaire, cherchant à relativiser ou abolir les institutions de droit international ainsi que la souveraineté des peuples. Or, dans un monde unipolaire unifié, il n’y a plus de place pour les États souverains : un tel monde n’envisage que des liens de vassalité. Sur le plan historique, cette unipolarité planétaire reviendrait pour chaque peuple à renoncer à sa propre identité et à la diversité voulue par Dieu.
Kyrie eleison.

[+ F. Louis-Marie, o.s.b., abbé - Abbaye Ste-Madeleine du Barroux - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] Le moine a-t'il des droits?

SOURCE - F. Louis-Marie, abbé - Abbaye Ste-Madeleine du Barroux - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - 22 septembre 2017
Ne cherchez pas dans la Règle l’expression « les droits de l’homme », vous ne la trouverez pas. Les moines n’ont-ils alors aucun droit ? Formulé ainsi, aucun. Si ce n’est peut-être qu’au chapitre sur les choses impossibles il est dit que le moine a le droit de signaler au supérieur que l’ordre donné dépasse ses possibilités. 
     
Mais pour comprendre la pensée de saint Benoît, la belle harmonie qu’il veut faire régner dans le cloître, prenons quelques exemples. Le moine a-t-il le droit de posséder un crayon, du papier et toute autre chose indispensable à sa vie contemplative ? Il semblerait que oui, car saint Benoît juge ces objets indispensables, mais il ne dit pas explicitement que le moine « a le droit » de les avoir à son usage, il dit que l’abbé « a le devoir » de les donner. Autre exemple : l’abbé a-t-il le droit d’être obéi par les moines ? Nulle part dans la Règle vous ne trouverez ce droit exprimé de façon aussi directe. Non, saint Benoît entend simplement que les moines ont le devoir d’obéir à leur supérieur. Les moines ont-ils le droit de garder leur rang en communauté et ont-ils le droit de recevoir la même affection de la part du père Abbé ? Saint Benoît dit non pas cela, mais que le supérieur a le devoir de ne pas troubler l’ordre sans raison et surtout de ne point faire acception des personnes. Saint Benoît insiste donc sur les devoirs mutuels et non sur les droits.
     
Cela semble tout à fait égal puisqu’à la fin les moines ont leur crayon, le père abbé est obéi et l’ordre est respecté. Mais ce n’est pas égal du tout, car l’esprit est tout différent et même aux antipodes dans l’une et l’autre formule. L’une, insistant sur les devoirs, favorise la charité, et l’autre, insistant sur les droits, favorise l’égoïsme. C’est finalement la différence entre la cité de Dieu, où l’amour de Dieu et des autres va jusqu’à la haine de soi, et la cité du diable, où l’amour de soi va jusqu’à la haine de Dieu et des autres. 
     
Et c’est une des raisons pour lesquelles saint Benoît bannit tout murmure en communauté. En effet, les murmures sont souvent dus à la revendication de droits. Déjà, au début de la Règle, il se moque de ces soi-disant moines qui déclarent saint tout ce qu’ils désirent. Le moine ne doit jamais réclamer pour lui quoi que ce soit, ce qui exprime bien que l’âme du moine s’élève vers Dieu en pensant non pas à ses droits mais à ses devoirs. Il en est de même pour les familles. Saint Paul rappelle non les droits des époux mais bien leurs devoirs mutuels et notamment ceux du mari, qui doit se sacrifier pour son épouse. Ainsi pour les relations entre parents et enfants. 
     
Et cela est valable pour les entreprises. Aux entretiens d’embauche se présentent de jeunes candidats avec sous le bras un dossier contenant leurs innombrables droits : RTT, vacances et autres grandes valeurs républicaines. Et si les actionnaires ne pensent qu’à leurs dividendes, comment ne pas s’étonner du cercle vicieux qui conduit aux conflits ? Et nous pouvons l’appliquer à la presse. Si la règle suprême est « le droit de savoir » comment s’étonner de tant de manques au devoir de la charité et au respect de l’honneur de chacun ?
     
Mais le pire est que, depuis la loi permettant l’avortement, qui a évolué en droit fondamental de la femme, l’esprit de la société est passé du droit de l’enfant, qui était finalement le devoir des parents, à un droit à l’enfant. C’est diabolique. Mais nous avons l’exemple et la grâce de Jésus-Christ, qui n’a pas réclamé le droit d’être traité en égal de Dieu mais qui a accompli son devoir jusqu’au bout. Imitons-le.
     
+ F. Louis-Marie, O.S.B., abbé

21 octobre 2017

[Paix Liturgique] La messe de Paul VI, une forme rituelle informe?

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°616 - 17 octobre 2017

Élaborée dans le contexte théologique et des mentalités religieuses de la fin des années soixante, la réforme liturgique de Paul VI, n’a pas rempli, loin s’en faut, ses optimistes promesses. Mais si beaucoup conviennent aujourd’hui qu’elle a largement échoué, peu imaginent possible d'en dresser un bilan réaliste. Nous avons, pour notre part, ponctuellement procédé à l’analyse critique de certains des rituels de cette réforme : celui du baptême (voir notre lettre 413), celui de la confirmation (voir notre lettre 471), et celui des funérailles (voir notre lettre 443). 

Nous voudrions appliquer ici notre examen au cœur de la réforme, à la messe promulguée par la constitution apostolique Missale romanum du 3 avril 1969. Bien d’autres l’ont fait avant nous, à commencer par les cardinaux Ottaviani et Bacci dans leur Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ, en 1969 (nouvelle édition, Renaissance catholique, 2004), mais contribuer à une réactualisation de ces analyses alors que cette réforme va bientôt avoir un demi-siècle nous a paru opportun. 

Nous y consacrerons une série de trois lettres, considérant tant l’aspect rituel, ou pour mieux dire a-rituel du nouveau missel – c’est l’objet de cette première lettre –, que son contenu proprement dit. Car l’examen du nouveau missel fait en premier lieu apparaître un aspect cérémoniel tout à fait étonnant : en comparaison de celle qui l’a précédée et des autres liturgies catholiques (les liturgies orientales, la liturgie ambrosienne, etc.), la messe romaine nouvelle n’est plus véritablement un rite. Elle est comme une forme sans forme.

L’ensemble rituel du catholicisme s’était organisé au cours l’Antiquité chrétienne à partir de l’ordre du Christ : « Faites ceci en mémoire de moi ! » et des cérémonies de fraction du pain des communautés apostoliques. Entre le VIe et le XIIe siècle, les ordines romani témoignent du développement considérable du monde cérémonial au cours de l’Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge, parallèle à celui du riche trésor de la catéchèse patristique des mêmes époques. Transmis par le Moyen Âge monastique et les cathédrales, cet héritage fut précieusement recueilli par la Rome de la Contre-Réforme. Ayant une conscience aigüe du fait que la liturgie, et très spécialement la liturgie romaine, véhicule une traduction concrète du dogme dans le domaine des sacrements et de la prière (lex orandi, lex credendi), une des spécificités de l'époque tridentine fut, dans le domaine du culte, la clarification et la canonisation de l’Ordo, soit, de l’ordonnancement des cérémonies.

Au XXe siècle, un double mouvement de « retour aux sources » – c’est-à-dire d’une récupération supposée des formes liturgiques antiques par-delà les « ajouts » et « surcharges » postérieurs – et d’autre part d’adaptation aux temps présents s'en est pris au « fixisme » des règles liturgique, en même temps, d’ailleurs, qu’était attaqué le « fixisme » des formulations dogmatiques. Le soin méticuleux avec lequel les livres liturgiques traditionnels ordonnaient la liturgie dans leurs rubriques (indications concernant l’ordonnancement de la cérémonie imprimées en lettres rouges, rubræ) parut dès lors totalement désuet. L’explosion eut lieu en quelques années seulement. Dès les premières étapes de la réforme conciliaire de la messe, la créativité déborda : celle du sommet (la Commission pour l’Application de la constitution sur la liturgie) était surmultipliée par celle de la base comme l'illustraient parfaitement les fameux « nouveaux prêtres » de Michel de Saint-Pierre. Les modifications continues qui s’étagèrent de 1964 (instruction Inter oecumenici) à 1968 – pensons aux « rubriques de 1965 » tout de suite dépassées par celles de 1967 (instruction Tres abhinc annos) – donnèrent l’impression qu’en matière liturgique toutes les normes étaient évolutives. Sur quoi vint le missel de 1969, qui pulvérisa littéralement l’univers rituel ancien.
  
I - Un univers rituel pulvérisé
  
Passer d’un missel à l’autre produit, du point de vue des règles à suivre, une impression saisissante : on change de monde. Au lieu de gestes et d’attitudes du corps strictement déterminés par un usage immémorial, les nouvelles rubriques ne sont que des indications – souvent de simples propositions – assez générales. Au point que l’apprentissage de la messe, qui prend une grande place concrète dans la formation des prêtres célébrant la liturgie traditionnelle, n’existe plus, dans les séminaires actuels où s'enseigne la messe de Paul VI. Car il va du rite comme du sens rendu par les traductions des textes : une certaine liberté personnelle est considérée comme légitime et l’indétermination qui en résulte sans grande importance, voire souhaitable, pour mieux « coller à la vie ». 

Prenons seulement l’exemple du début de la célébration de la messe :
a) Les gestes
- Dans le missel traditionnel : « Le prêtre monte au milieu de l’autel, où il dépose le calice vers le côté de l’Évangile, extrait le corporal de la bourse, qu’il étend au milieu de l’autel, y place le calice couvert du voile, tandis qu’il met la bourse du côté gauche, etc. […] Il redescend sur le pavé, se tourne vers l’autel ou il reste debout au milieu, les mains jointes devant la poitrine, les doigts joints et étendus, le pouce droit croisé sur le pouce gauche (ce qu’il doit toujours faire quand il joint les mains, sauf après la consécration), tête nue, ayant fait d’abord vers la croix ou l’autel une inclination profonde ou une génuflexion si le Très Saint Sacrement est dans le tabernacle, il commence debout la messe. Etc. […] Lorsqu’il dit Aufer a nobis, le célébrant mains jointes monte à l’autel, etc. […] Incliné au milieu de l’autel, les mains jointes posées sur l’autel de telle sorte que les petits doigt en touchent le devant, cependant que les annulaires sont posés sur la table (chose qu’il faudra toujours observer lorsque les mains jointes sont posées sur l’autel), etc. […] Lorsqu’il dit "les corps dont les reliques sont ici", il baise l’autel au milieu, les mains étendues posées à égale distance de chaque côté, etc. […] À la messe solennelle, il met trois fois de l’encens dans l’encensoir, en disant en même temps : Ab illo benedicaris, "Sois bénis par celui", etc.
   
- Dans le nouveau missel : « Le prêtre monte à l’autel et le vénère par un baiser. Ensuite, s’il le juge bon, il l’encense en en faisant le tour. […] Puis, tourné vers le peuple et les mains étendues, le prêtre le salue avec une des formules proposées ».
b) Les paroles
- Dans le missel traditionnel : « Ayant fait la révérence due, il se signe du signe de la croix sur le front et la poitrine, et sauf si une rubrique particulière en décide autrement, il dit à haute voix : In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. Ensuite, les mains jointes devant la poitrine, il commence l’antienne :Introibo ad altare Dei. Les ministres répondent : Ad Deum qui lætificat juventutem meam. Ensuite, alternativement avec les ministres il dit : etc. (ps 42) […] En montant à l’autel, il dit à voix basse : Aufer a nobis… "Ôtez de nous, nos fautes, nous vous en prions, Seigneur, afin que nous puissions pénétrer jusqu’au Saint des Saints avec une âme pure. Par le Christ notre Seigneur. Amen". Ensuite les mains jointes sur l’autel, incliné, il dit : Oramus te, Domine, "Nous te prions, Seigneur, par les mérites de tes saints (il baise l’autel au milieu) dont les reliques sont ici, etc. " […] À la messe solennelle, lorsque ce n’est pas une messe des défunts, le célébrant, avant de commencer l’antienne d’Introït, bénit l’encens en disant : Ab illo benedicaris, etc.»
   
- Dans le nouveau missel : [Après que le prêtre ait baisé l’autel et l’ait encensé, s’il le juge bon], « le chant d’entrée achevé, le prêtre et les fidèles, debout, se signent, tandis que le prêtre dit : "Au nom du Père et du Fils, et du Saint Esprit. Amen." Puis, les mains étendues, le prêtre salue le peuple en utilisant, par exemple, l’une des trois formules suivante : "La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père, etc." […] Le prêtre ou un ministre capable peut librement faire une introduction à la messe du jour. Puis le prêtre invite les fidèles à la pénitence, en disant, par exemple : "Préparons-nous à la célébration de l’Eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs" » Suivent quatre possibilités : 
  1. « Je confesse à Dieu tout-puissant, etc.»
  2. « Seigneur, accorde-nous ton pardon, etc.» 
  3. « Seigneur Jésus envoyé par le Père, etc. », avec deux variantes : « Seigneur Jésus-Christ, venu réconcilier tous les hommes, etc. » ; « Seigneur Jésus, par ton mystère pascal, etc.»
  4. L’aspersion d’eau bénite : « Mes frères, demandons au Seigneur de bénir cette eau, etc.»
II - La multiplication des libres choix

On voit ainsi les options s’emboîter et les choix se multiplier. Ce que confirme la suite de la célébration :
a) Lors de la liturgie de la parole, à la fin de la première lecture, on peut, « si cela est opportun », observer un moment de silence. La seconde lecture n’est pas obligatoire. Le chant d’acclamation de l’Évangile est habituellement l’Alleluia. On peut ou non encenser et porter des cierges pour l’Évangile.
b) La profession de foi se fait par le symbole de Nicée-Constantinople ou par celui des Apôtres.
c) La prière universelle comporte dix introductions possibles, qui n’excluent pas l’usage d’autres formules, et de neuf prières de conclusion, mais on peut aussi s’inspirer de la prière universelle du Vendredi Saint ou encore d’autres prières.
d) L’apport des oblats à l’autel (et d’autres dons destinés à subvenir aux besoins de l’Église et de pauvres) peut s’organiser librement. Le prêtre dit à voix haute ou basse les paroles de présentation : "Tu es béni, Dieu de l’univers, etc.", auxquelles le peuple peut répondre par une acclamation : "Beni soit Dieu, maintenant et toujours".
e) Alors que la tendance de la liturgie romaine – et même des autres rites – avait été, depuis l’Antiquité, au resserrement des textes constituant le cœur de la messe, assurément pour des raisons de maintien de l’orthodoxie, les nouvelles préfaces sont difficiles à dénombrer : quarante-six pour le temporal, dix pour le sanctoral, treize pour les communs des saints, seize pour les défunts, les messes de mariages, profession religieuse, les messes votives.
f) Surtout, alors que la prière eucharistique qu’introduisaient les préfaces était (et avait sans doute toujours été) unique, les prières eucharistiques sont désormais officiellement au nombre de onze :
quatre principales ; deux pour la réconciliation ; trois pour les messes d’enfants ; une pour les rassemblements ; et une pour des circonstances particulières, en fonction desquelles peuvent être choisies quatre préfaces – 1. L’Église en marche vers l’unité ; 2. Dieu guide son Église sur la voie du salut ; 3. Jésus chemin vers le Père ; 4. Jésus modèle de charité – auxquelles correspondent quatre prières d’intercession (l’équivalent du Te igitur du canon romain) placées dans la seconde partie de la prière, après la consécration, comme dans les prières eucharistiques II, III, IV. Mais il en existe d’autres, car certaines conférences épiscopales, notamment à l’occasion d’évènements particuliers, ont demandé l’approbation de prières eucharistiques spécifiques.
g) La consécration est suivie de trois acclamations au choix.
h) L’introduction au Pater connaît deux variantes, mais on peut en prendre d’autres. La paix et la charité mutuelles se manifestent selon les coutumes locales. Deux prières au choix, pour le prêtre, suivent l’Agnus Dei.
i) La bénédiction du peuple peut être aussi donnée selon un mode solennel avec vingt-six introductions tripartites possibles ponctuées chacune par trois Amen. 
La confusion des langues

L’explosion rituelle est rendue plus sensible encore par la disparition du latin. L’évaluation du nombre des traductions en langues et dialectes dans lesquelles se célèbre aujourd’hui la liturgie, dite encore curieusement liturgie latine, est de 350 à 400 (la Congrégation pour le Culte divin ne parvient pas à en donner un décompte exact). Ces traductions ont été réalisées sous l’impulsion des conférences épiscopales nationales et approuvées par la Congrégation pour le Culte divin. En fait, une instruction du 25 janvier 1969 ouvrait les portes à une très grande liberté, notamment en ce qui concerne les réalités « qui choquent le sens chrétien actuel », l’actualisation du contenu des oraisons, avec une invitation à opérer de nouvelles créations. Un certain mouvement de restauration s’est appliqué depuis à tenter la rectification de traductions insuffisamment conformes aux éditions latines (instruction Liturgiam authenticam, du 28 mars 2001), mais avec des résultats que l’on peut dire insignifiants hormis, peut-être, dans le monde anglophone. 

Les conférences épiscopales ont ainsi pris des libertés assez conséquentes, la plus célèbre étant la traduction du pro multis (sang versé « pour beaucoup ») de la consécration du Précieux Sang, traduit par for all, per tutti, für alle, « pour tous », ou encore celle du consubstantialem du Credo en « de même nature ». Libertés qui servaient en un certain nombre de cas des visées d’inculturation de la liturgie (instruction Varietates legitimæ, 25 janvier 1994). Ainsi, en Chine, querelle des rites chinois obligeant, on célébra dès le 15 février 1972, les anciens rites d'inspiration confucéenne en l’honneur des ancêtres défunts. En Zambie, on supprima le mélange d’eau et de vin, sous prétexte qu’il n’avait pas de fondement biblique alors que cet usage avait déjà été, du temps de l'hérésie monophysite, condamné par le concile de Florence, l’eau symbolisant l’humanité du Christ. Le rite zaïrois, adaptation congolaise du rite romain, promu par le cardinal Joseph Malula, archevêque de Kinshasa, fut approuvé en 1988, avec invocation des ancêtres, préparation pénitentielle reportées avant l’offertoire, dialogues divers entre prêtre et peuple, gestes et mouvements rythmés.

On peut certes dénoncer ce qu’on appelle « abus » de célébrants qui n’en font qu’à leur guise, mais c’est intrinsèquement que la nouvelle liturgie est ouverte à la créativité. Lorsque le missel nouveau porte que le prêtre salue en disant « par exemple » telle formule au choix, ou qu’on lui propose comme « exemple » une monition à faire, il est invité par le livre lui-même à la création personnelle. L’insertion par chaque ministre de monitions et de commentaires personnels, que rien n’interdit et même que ce mode cultuel nouveau appelle, devient de fait naturelle. La langue vernaculaire conduit par ailleurs l’acteur liturgique à une « interprétation » personnelle du texte qu’il prononce, le tout avec les meilleures intentions pastorales du monde. Les tentatives de restauration que l’on a connues à partir de 1985, outre qu’elles ont été ou sont très aléatoires, se heurtent radicalement à ce caractère fluide et « vivant » de la messe nouvelle.

La messe nouvelle, lex orandi ? 

Le fameux adage : lex orandi, lex credendi, « la loi de la prière règle la loi de la foi », s’explique par le fait que tous les éléments de la discipline universelle de l’Église romaine sont, pour ce qu’ils contiennent en matière de foi et de morale, une des expressions du magistère ordinaire et universel : l’Église de Pierre ne peut pas induire en erreur ses fidèles dans la manière selon laquelle elle leur ordonne de prier. Cette expression de la foi une nécessite tout naturellement une certaine canonisation (1), des moyens qui la véhiculent. 

Certes, l’explosion rituelle de la réforme est seconde par rapport à la modification du contenu même du message, sujet que l'on étudiera dans deux prochaines lettres. Mais, dans un contexte général – celui de mai 68 – de relativisation de la règle dogmatique, cet abandon par l'Église latine de son univers rituel traditionnel a beaucoup contribué à affaiblir le caractère du culte comme véhicule de la profession de foi romaine. Cette subjectivité nouvelle, manifestée par celle du rite, n’est pas sans poser des problèmes du point de vue de la rigueur de la valeur doctrinale des cérémonies nouvelles. 
Qu'il nous soit permis de faire l’hypothèse suivante : au caractère « pastoral », c’est-à-dire non proprement dogmatique (infaillible), du concile Vatican II, correspond le caractère « pastoral » de la nouvelle liturgie qui en est issue, dans la mesure où celle-ci ne prétend pas véhiculer par la prière une règle suprême de la foi. Tout simplement parce qu’elle ne cherche pas à être, au sens le plus fort du terme, une loi de prière, une lex orandi. 
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(1) Au sens de codification.

[FSSPX Actualités] Rome: le cardinal Burke ne renonce pas à une « Correction fraternelle»

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 octobre 2017

Le 3 octobre 2017, dans un entretien avec le vaticaniste Edward Pentin du National Catholic Register, le cardinal Raymond Burke a précisé que sa nomination, le 30 septembre dernier, comme membre du Tribunal suprême de la Signature Apostolique, ne demanderait pas un travail à temps plein, mais qu’il serait sollicité parfois pour siéger sur des causes ponctuelles.
   
Il a affirmé que cette nomination ne changerait pas ni ne retarderait une Correction fraternelle adressée au pape François à propos de l’exhortation apostolique Amoris lætitia. Sur ce point, l’historien Roberto de Mattei répondait, dans Correspondance européenne du 29 septembre, à ceux qui s’étonnaient que les deux auteurs survivants des Dubia, les cardinaux Walter Brandmüller et Raymond Burke, n’aient pas signé la Correction filiale : « c’est ignorer, écrivait-il, comme le souligne (le site américain) Rorate Cœli, que la Correctio filialis des soixante-deux [signataires] a un caractère purement théologique, tandis que celle des cardinaux, quand elle paraîtra, aura une autorité et une portée bien différente, ne serait-ce que sur le plan canonique. » – Certains observateurs romains croient savoir que la parution de cette « Correction fraternelle » serait imminente.

[Guy Rouvrais - Présent] Le pape et la peine de mort

SOURCE - Guy Rouvrais - Présent - 20 octobre 2017

Le pape peut-il, par un simple discours, amputer un article du catéchisme de l’Eglise catholique ? En l’occurrence celui portant sur la peine de mort ? C’est pourtant l’intention de François qui, le 11 octobre, devant le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, a déclaré : « Aussi grave soit le crime commis, la peine de mort est inadmissible parce qu’elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne. » Il a ajouté que : « Le catéchisme devait désormais donner à cette question un espace plus adapté et cohérent. » Il a jugé que « cette problématique ne peut être réduite à un simple rappel d’un enseignement historique sans faire émerger non seulement les progrès de la doctrine dans l’œuvre des derniers papes mais aussi la prise de conscience du peuple chrétien ».

Ses prédécesseurs, Jean-Paul II (qui est à l’origine du Catéchisme de 1992) et Benoît XVI n’étaient pas, personnellement, favorables à la peine de mort, mais ils n’ont pas voulu l’ôter du catéchisme, seulement en réduire le champ. Dans sa version de 1998, le catéchisme légitime toujours le recours à la peine de mort « si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains » (§2 267) en précisant cependant que ces cas sont « désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants ». Peut-être que la flambée de terrorisme pourrait inciter désormais à considérer que ces cas, au contraire, sont de plus en plus fréquents…

L’important est que le principe soit maintenu. Et s’il l’est, c’est qu’il est inscrit dans la loi naturelle et la tradition dont le pape n’est que le gardien, il ne peut donc en disposer à sa guise. Quant au « progrès de la doctrine », appelé encore « développement du dogme », celui-là s’accomplit en continuité avec le donné révélé ou la loi naturelle et non en rupture. Rappelons que Jésus n’a pas protesté parce que le bon larron avait été condamné à mort et, dans l’Evangile, il lance cet avertissement qui ne résonne point comme un refus de la peine capitale : « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer.»

17 octobre 2017

[Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - Le Courrier de Rome] Les sept propositions

SOURCE - Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - Le Courrier de Rome - septembre 2017

1. Non plus cinq, mais sept. Il y eut en effet jadis cinq propositions hérétiques : comme telles, elles furent condamnées par un Pape, et pas seulement dénoncées par une certaine élite du clergé et des fidèles catholiques. L’épisode est resté non seulement célèbre, mais aussi emblématique d’une difficulté quasiment insoluble. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est bien à craindre que le scandale (car c’en est un) suscité par Amoris lætitia ne soit pas près d’être réparé comme il le mérite.
 
2. Les cinq propositions furent condamnées le 31 mai 1653 par le Pape Innocent X dans la Bulle Cum Occasione 1 . Elles expriment toute la substance du jansénisme, doctrine contraire au dogme catholique de la grâce et de la prédestination, mais pourtant défendue par l’évêque d’Ypres Cornelius Jansénius (1585-1638) dans son ouvrage l’Augustinus, paru à titre posthume en 1640. Ce livre ayant été déféré au Pape Urbain VIII, celui-ci le condamna dans sa Bulle In Eminenti du 6 mars 1642. Mais la condamnation fut vite éclipsée par les disciples de Jansénius, l’abbé de Saint-Cyran, Jean Duvergier de Hauranne (1581-1643) et surtout Antoine Arnaud (1612- 1694), frère de Mère Angélique, supérieure du couvent devenu janséniste de Port-Royal, et auteur d’un traité De la fréquente communion, qui tire les conséquences pratiques et morales de la doctrine janséniste. C’est à l’occasion de la parution de ce livre que plusieurs théologiens de l’Université de Paris se décidèrent à étudier de façon plus approfondie la doctrine de l’Augustinus. Ils agirent sur leurs pasteurs, et c’est ainsi qu’en 1651, quatre-vingtcinq évêques français envoyèrent à Rome pour examen cinq propositions tirées de l’Augustinus.
 
3. La réaction des jansénistes fut très subtile. Ils distinguent entre la question de droit et la question de fait. Ils reconnaissent que les 5 propositions sont véritablement hérétiques et qu’elles méritent d’être condamnées comme telles (question de droit) mais ils prétendent qu’elles ne se trouvent pas dans l’Augustinus, ou du moins qu’elles ne rendent pas le compte exact des idées qui s’y trouvent (question de fait). Textuellement, c’est vrai, seule la première proposition se trouve dans l’Augustinus. Mais les quatre autres s’y trouvent en substance. Le 29 septembre 1654, un Bref d’Innocent X précise que, par la Constitution de 1651, se trouve condamnée la doctrine de Jansénius telle qu’elle est contenue effectivement dans son ouvrage l’Augustinus. Mais les jansénistes s’obstinent dans leur thèse, et se contentent de ne pas contredire davantage les prescriptions de Rome, sans pour autant leur donner leur assentiment : ils adoptent ainsi la tactique d’un assentiment purement extérieur, celui d’un religieux silence. Le Pape Alexandre VII les condamne à nouveau par la constitution Dum ad sancti Petri sedem du 16 octobre 1656 2 , mais cette fois-ci il englobe dans la condamnation infaillible la distinction entre le droit et le fait : « Nous déclarons et définissons que ces cinq propositions ont été tirées du livre du précité Cornelius Jansen, évêque d’Ypres, qui porte le titre Augustinus, et qu’elles ont été condamnées selon le sens visé par ce même Cornelius Jansen, et Nous les condamnons à nouveau comme telles. » Sur la demande du clergé de France, et pour parer à la tactique janséniste du religieux silence, le Pape ajoute à la publication de ce texte un Formulaire, à signer par tout le clergé, et qui est une déclaration d’adhésion formelle à la condamnation des 5 propositions. Cette mesure rencontra des résistances telles qu’Alexandre VII se vit obligé (d’ailleurs sans succès) de promulguer la Bulle Regiminis ecclesiastici du 15 février 1665 pour imposer la signature de ce Formulaire. Ce fut le début d’une guerre sans merci, qui devait durer plus d’un demi-siècle. Et c’est dans ce contexte que l’archevêque de Paris, Mgr Hardouin de Péréfixe 3 prononça une phrase qui devait faire fortune : les religieuses de Port-Royal sont « pures comme des anges mais orgueilleuses comme des démons ».
 
4. Il ne nous appartient pas de juger si, dans son for intérieur, le Pape François ressemble à l’ange, au démon ou aux deux. Mais si c’est aux actes que l’on juge les personnes, comme l’arbre à ses fruits, nous sommes suffisamment renseignés, jusqu’ici, pour pouvoir tirer des conclusions incontestables. Nous les avons nous-mêmes signalées à quelques reprises dans les colonnes du Courrier de Rome 4 . Et voici à présent qu’à la suite des Dubia présentés au pape par les quatre cardinaux et restés sans réponse, une Correctio filialis signée par soixante-deux personnalités catholiques, clercs et laïcs, dénonce comme hérétiques sept propositions présentes dans l’Exhortation Amoris lætitia, en demandant au Saint-Père d’en faire la prompte et claire condamnation.
 
5. En effet, oui, les sept propositions indiquées par les signataires sont contraires à la doctrine divinement révélée, telle que Dieu nous l’a fait connaître par la proposition infaillible du Magistère ecclésiastique : elles méritent bel et bien la censure de l’hérésie. Cependant, comme le précise le texte de la Correctio, ces propositions ne correspondent pas aux hérésies et erreurs « qu’un lecteur sans préjugés, tentant de lire Amoris lætitia dans son sens naturel et obvie, pourrait de manière plausible estimer avoir été affirmées, suggérées ou favorisées par ce document ». Non, ces sept propositions équivalent seulement, dans leur signification, aux « paroles, actions et omissions » que le Saint-Père a effectivement « soutenues et propagées, plaçant les âmes dans un danger grave et imminent ». Cela est déjà grave, et suffisant, pour justifier la démarche entreprise avec cette Correctio. Mais avec cela, quoi qu’en peuvent ou veulent les signataires, la porte est largement ouverte à la distinction entre le droit et le fait. Et tous les inconditionnels d’Amoris lætitia ne se sont pas fait faute de s’y engouffrer. Les sept propositions, répondent-ils en substance, sont hérétiques (question de droit), mais ne correspondent nullement ni à la pensée, ni aux dires ni aux gestes du Pape (question de fait).
 
6. La presse s’est d’ailleurs empressée de se faire l’é- cho des déclarations diversement autorisées allant dans ce sens 5 . La plus symptomatique est celle du cardinal Ouellet : « Toute interprétation alarmiste dénonçant un bris de continuité avec la tradition, ou bien laxiste, célé- brant un accès enfin concédé aux sacrements pour les divorcés remariés, est infidèle au texte et à l’intention du pape 6 . » Nous retrouvons ici la distinction alléguée par Antoine Arnaud et ses disciples, et elle nous procure au moins la satisfaction de dire exactement le contraire de ce que nous croyons vrai. C’est précisément en cela qu’elle nous satisfait, car au moins les choses sont claires et nous savons ainsi que nous ne pourrons plus nous entendre sur rien. Il y a bel et bien, au sein même de la sainte Église, deux religions et deux morales absolument inconciliables : la religion et la morale catholiques de toujours d’une part, que combattent d’autre part la nouvelle religion et la nouvelle morale issues de Vatican II, religion et morale nouvelles parce que de tendance néomoderniste et néo-protestante. Et comme vient de le rappeler fort à propos le Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X 7 , en citant la Déclaration du 21 novembre 1974, nous avons toujours refusé de suivre cette nouvelle religion et nous refusons aujourd’hui de suivre avec elle la nouvelle morale qui en découle de plus en plus explicitement.
 
7. Tout cela s’entend. Mais cela n’est pas tout. Car cette nouvelle religion et cette nouvelle morale bénéficient de l’aval d’une « nouvelle Rome ». Nous nous trouvons ainsi dans la situation paradoxale et tragique où, pour reprendre l’expression utilisée par Mgr Lefebvre 8 , « la chaire de Pierre et les postes d’autorité de Rome sont occupés par des antichrists ». Car c’est Rome qui défend à présent les sept propositions, au lieu de les condamner. N’oublions pas en effet que, si l’hérésie est une chose, les artisans de l’erreur et de l’hérésie en sont une autre. Dans son Encyclique Pascendi, le Pape saint Pie X ne dénonce pas seulement les erreurs du modernisme ; il dénonce surtout les fauteurs (fautores), les artisans de ces erreurs, ceux qui les favorisent. « Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai », dit-il, « c’est que, les artisans d’erreurs, il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c’est un sujet d’appré- hension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au cœur de l’Église. » Et nous voyons pareillement que, dans la Déclaration du 21 novembre, Mgr Lefebvre ne dit pas seulement qu’il refuse les erreurs de Vatican II. Il dit très précisément qu’il refuse de suivre les artisans de ces erreurs, ceux qui les favorisent, ceux qu’il désigne en recourant à cette expression d’une nouvelle Rome : « Nous refusons et nous avons toujours refusé, de suivre la Rome de tendance néo-moderniste, néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II, et après le Concile dans toutes les réformes qui en sont issues. »
 
8. Selon le plan de Dieu, et pour s’en tenir aux voies ordinaires de la Providence, c’est Rome qui constitue la sauvegarde du catholique perplexe. En cas de perplexité, le catholique doit pouvoir en effet trouver le moyen de dirimer les questions en litige, par un simple recours à une autorité légitime et reconnue de tous, celle que le Christ a établie une fois pour toutes en remettant à saint Pierre et à tous ses successeurs les clefs du royaume des cieux. La Correctio filialis, remarque justement Roberto de Mattei, « a eu un impact extraordinaire dans le monde entier », avec des répercussions « dans tous les médias des cinq continents, et même jusqu’en Russie et en Chine » 9 . Que signifie cela, sinon que la Rome de toujours, telle qu’elle s’exprime par la voix de ces soixantedeux signataires, à travers leur « sensus catholicus », conserve encore tous ses droits ? Car ce « sens catholique » de la Tradition est à la fois l’effet et le signe d’une intervention antérieure du Magistère infaillible de l’Église. Le silence du Pape actuel est peut-être, humainement parlant, la seule réponse cohérente, de la part d’une Rome néo-moderniste, à tous ces nouveaux « catholiques perplexes », qui ont pour eux tout le poids de l’autorité divine. Et finalement, pour un regard dénué du préjugé moderniste, que représente ce déni du Pape François, sinon une forme à peine renouvelée du « religieux silence » des jansénistes ?
   
Abbé Jean-Michel Gleize
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NOTES
(1). DS 2001-2007.
(2). DS 201-2012.
(3). C'est lui qui, par ordonnance du 11 août 1667, interdit, sous peine d'excommunication, à Molière de jouer la pièce Le Tartuffe, pour le motif que « sous prétexte de condamner l'hypocrisie et la fausse dévotion, [cette pièce] donne lieu d'en accuser indifféremment tous ceux qui font profession de la plus solide piété et les expose par ce moyen aux railleries et aux calomnies continuelles des libertins » (Cité par Pierre Gaxotte, Molière, Flammarion, 1977, p. 197-198). Ce fait est remarquable, car il atteste l'impartialité d'un bon pasteur. Il n'y avait pas, chez l'archevêque de Paris, deux poids et deux mesures, car il frappe également et la rigidité des jansénistes et le libéralisme des libertins.
(4). Cf. les articles « Pour un Magistère de la conscience ? » dans le numéro de décembre 2013 ; « Évêque de Rome ? » dans le numéro de mai 2014 ; « Miséricorde papale et lamentations catholiques », « Le sens de la foi, principe et fondement d'une Église synodale », « Une Église de l'écoute », « Pour un Magistère synodal ? » dans le numéro d'octobre 2015 ; « Vraie ou fausse indulgence » dans le numéro de janvier 2016 ; « Brèves considérations sur le chapitre VIII de l'Exhortation apostolique Amoris Lætitia » dans le numéro de mai 2016 ; « Un nouveau Syllabus ? » dans le numéro de juillet-août 2016 ; « François hérétique ? » dans le numéro de janvier 2017 et « Retour sur Amoris Lætitia » dans le numéro de mai 2017.
(5). Principalement le site Zénith.
(6). Propos tenus le mardi 26 septembre 2017, à l'Assemblée plénière annuelle de la Conférence des évêques catholiques du Canada au Centre Nav Canada, à Cornwall, en Ontario et reproduits sur le site Zénith dans sa page du 27 septembre 2017.
(7). MGR FELLAY, « Pourquoi j'ai signé la Correctio filialis ».
(8). MGR LEFEBVRE, « Lettre aux futurs évêques, les abbés Williamson, Tissier de Mallerais, Fellay et de Galarreta » (29 août 1987) dans Fideliter hors série des 29-30 juin 1988.
(9). Corrispondenza romana n° 340 du 27 septembre 2017.

16 octobre 2017

[Mgr Gianni Ambrosioi, évêque de Piacenza-Bobbio] "Dans les jours à venir, la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) inaugurera et consacrera une église à San Damiano...."

SOURCE - Mgr Gianni Ambrosioi, évêque de Piacenza-Bobbio - 5 octobre 2017

Aux chers fidèles de Saint-Damien et de tout le diocèse de Piacenza-Bobbio,

Dans les jours à venir, la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) inaugurera et consacrera une église à San Damiano, municipalité de San Giorgio Piacentino. Le curé de la paroisse et l'évêque de Plaisance-Bobbio n'a pas été informés par les membres de la Fraternité.

1. Il est bon de se souvenir à la fois de l'origine de la Fraternité; fondée en 1970 par l'évêque français Mgr Marcel Lefebvre, et de son parcours ces dernières années. La fraternité naît par opposition avec divers enseignements et déclarations du Concile Vatican II.

Les adhérents célèbrent la messe tridentine et s'opposent à l'œcuménisme et au dialogue interreligieux. Elle se compose de prêtres, de frères et de sœurs, et est dirigée par un supérieur général, l’évêque Mgr B.M. Fellay, qui a été ordonné par Mgr Lefebvre en 1988, sans le consentement du pape. L'ordination épiscopale de Mgr Fellay et des trois autres évêques a motivé l'excommunication de Mgr Lefebvre et des nouveaux consacrés.

En Italie, la société a son centre à Albano et plusieurs prieurés: Spadarolo (Rimini), Montalenghe (Turin) et Silea (Trévise).

2. Divers initiatives papales visent à «mettre la Fraternité en pleine communion». Saint Jean-Paul II a institué une commission pour faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres et des fidèles associés à Mgr Lefebvre. En 2009, le pape Benoît XVI, dans un acte de miséricorde, a décidé de lever l'excommunication des quatre évêques ordonnés en 1988.

De nouvelles avancées en vue de la communion ont été faites ces dernières années. Le pape François a déclaré, au cours de l'extraordinaire Jubilé de la Miséricorde, que les prêtres appartenant à la Fraternité peuvent confesser. Le Pape a ensuite étendu cette faculté, au-delà de la période jubilaire, selon de nouvelles dispositions à cet égard.

Avec « Miséricorde de Dieu et misère du pécheur », la lettre apostolique du 20 novembre 2016, le pape Francis a accordé aux fidèles qui, pour diverses raisons fréquentent les églises tenues par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X de recevoir valablement et légalement l'absolution sacramentelle de leurs péchés.

Le pape Francis a également autorisé les Ordinaires (les évêques de diocèse) à accorder des licences pour la célébration des mariages de fidèles qui suivent les activités pastorales de la Fraternité, selon certaines modalités.

Par conséquent, à l'heure actuelle, il convient de préciser que:

1) la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X n’est pas en communion complète avec le pape;

2) la Société est dans une «la persistance objective, pour le moment, de la situation canonique d’illégitimité» (Lettre de la commission pontificale Ecclesia Dei aux prélats - 27 mars 2017).

Nous nous associons à la prière de Jésus: afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé.» (Jean 17:21).

Avec une chaleureuse salutation et avec la bénédiction du Seigneur
 
Mgr Gianni Ambrosioi

15 octobre 2017

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter] L'horreur du vide : la charia progresse toutes les fois que l'Église recule (éditorial)

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter n° 239 - septembre-octobre 2017

Un principe de la physique médiévale, venu d'Aristote, affirmait : « La nature a horreur du vide. » Si ce postulat a été rendu caduc dans l'ordre physique par le progrès des sciences, il prend en revanche toute sa signification dans l'ordre moral et psychologique.

L'homme est fait pour connaître le vrai, aimer le bien, et agir selon ce vrai et ce bien. Mais comme sa nature a « horreur du vide », si on ne lui enseigne pas le vrai, si on ne lui propose pas le bien, il risque de s'attacher à l'erreur et de désirer le mal.

Or les nations chrétiennes se sont détournées de leur identité propre pour s'abandonner à toutes les aberrations. Il faut alors combler le vide que laisse la décrue de la présence chrétienne. En certains pays, comme ceux de l'Amérique du Sud que je connais bien, c'est l'avancée des sectes. En France, malheureusement, c'est plutôt l'islam qui en profite.

L'expérience le démontre : la charia progresse toutes les fois que l'Église recule. Il y a quelque temps, un publiciste a lancé l'idée que des églises paroissiales soient transformées en mosquée. Cette initiative a suscité un juste tollé. Pourtant, il faut avouer qu'il n'y avait dans cette proposition provocante qu'un signe avant-coureur d'une tragique réalité à venir. Car si les églises sont vides tandis que les mosquées de fortune sont pleines, par un obligatoire effet de vases communicants les églises finiront par devenir des mosquées.

Le pape François, pour sa part, estime que ce sont « les religions » qui seraient susceptibles de reconstruire une civilisation. Cependant, ajouter l'erreur religieuse à d'autres erreurs ne fera jamais une vérité. Une nourriture apparente, chimérique, fictive, un « ersatz », n'a jamais nourri personne. La « religion » musulmane va-t- elle donc reconstruire la civilisation européenne ? Sûrement pas !

La solution est claire. Notre-Seigneur Jésus-Christ nous l'a donnée : « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie » (Jn 14, 6). Il n'y a donc pas d'autre nom sous le ciel pour être sauvé que le nom de Jésus (cf. Ac 4, 12). Ceci concerne aussi bien les individus que les sociétés, y compris les sociétés politiques. Seule la foi catholique, la vraie foi catholique, dans toute sa vérité et sa charité, est le remède à la crise que traverse la civilisation.

Un réel retour à la foi et à la vie catholiques sauverait les âmes des hommes, mais elle sauverait également l'âme de leurs pays. Elle contribuerait puissamment, en effet, à la préservation du patrimoine humain, naturel, culturel, qui fait la grandeur d'une civilisation humaine, comme la civilisation française. Et toute autre voie est une impasse.

Le pape François nous objecte, cependant, dans son récent livre Politique et société, que « la politique au XVIe siècle était trop catholique ; [mais] le "trop" nous fait du mal » (p. 135). Le vrai et le bien, cependant, ne peuvent être « trop vrai » et « trop bien » : on peut seulement dire que, quelquefois, les hommes ne tiennent pas suffisamment compte des conditions et des circonstances pour que ce vrai soit proclamé adéquatement, pour que ce bien soit recherché comme il convient.

Il est absurde d'affirmer que la politique, au XVIe siècle comme à n'importe quel siècle, aurait été « trop catholique » (en vérité, elle ne l'est jamais assez, comme aucun de nous n'est jamais assez chrétien). Mais il est juste de reconnaître, ce qui n'est pas la même chose, que dans telle circonstance précise, la politique, même menée avec de bonnes intentions, a pu ne pas être adéquate pour ce moment précis, ne pas tenir assez compte de l'état des choses et des hommes, et que cette politique a donc pu aboutir à l'effet inverse de celui recherché.

Mais aujourd'hui, disons-le tout de go, la priorité n'est certainement pas de freiner le zèle d'hommes politiques susceptibles d'appliquer de façon un peu trop rigide, au vu des circonstances, une politique inspirée de l'Évangile. Elle est, au contraire, de défendre, d'illustrer et de promouvoir l'idée d'une politique franchement catholique, pour le salut des individus et des sociétés : en un mot, couronner à nouveau Notre-Seigneur, et le remettre au centre de tout.

Abbé Christian Bouchacourt +, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Séminaire de Wigratzbad - FSSP] Les nouveaux séminaristes

SOURCE - Séminaire de Wigratzbad - FSSP - 12 octobre 2017

Notre séminaire vient d'accueillir 14 nouveaux séminaristes, soit 7 pour chaque section. La section germanophone est très internationale, avec 3 Allemands, un Germano-Croate, un Hollandais et un Serbo-Hongrois. De même pour la partie francophone, où se côtoient 3 Français, un Franco-Suisse, un Américain, un Portugais et un Tchèque... ce qui au total fait 10 nationalités pour 14 séminaristes !

Il faut ajouter un cas particulier, puisqu'un jeune originaire de Lettonie est entré directement en première année de philosophie, dans la section germanophone. C'est son évêque qui nous l'envoie, pour que nous le formions pour son diocèse. 

En cette rentrée 2017, la FSSP compte ainsi 37 nouveaux séminaristes : 
- 14 à Wigratzbad
- 22 à Denton aux Etats-Unis
- et un dans notre maison de propédeutique en Australie. 
Par ailleurs 3 jeunes Colombiens ont commencé une "pré-propédeutique" dans notre maison d'Anolaima en Colombie. 

Avec leurs aînés, nos séminaristes sont donc près de 160 (92 à Denton, 66 à Wigratzbad). Mais ce nombre baissera bientôt, puisque de 2 de nos 21 diacres seront ordonnés prêtres près de Wigratzbad, le 18 novembre prochain.

Nous confions tous ces généreux lévites à votre prière, en vous recommandant de prier souvent pour les vocations sacerdotales et religieuses. .

[Riposte Catholique] La Fraternité Saint-Pierre à Dallas veut construire une nouvelle église

SOURCE - Riposte Catholique - 15 octobre 2017

Lu sur le site du District des Etats-Unis de la Fraternité Saint-Pierre
Le 1er octobre, la Fraternité Saint-Pierre Dallas, premier apostolat de la FSSP en Amérique du Nord, a lancé sa campagne de levée de fond pour construire une nouvelle église. 
Dallas est un apostolat qui n’a jamais cessé de croître, et ce n’est pas la première fois qu’il a dépassé sa capacité. L’histoire commence en juin 1991 lorsque les premières messes du dimanche de la communauté ont eu lieu à la chapelle St. Jude dans le centre-ville de Dallas. En raison de problèmes d’horaires, la communauté a déménagé au Monastère des Carmes de l’Enfant Jésus de Prague et de Saint-Joseph en 1992, et bientôt le nombre croissant de participants a rendu nécessaire la célébration d’une deuxième messe. Au moment où la communauté Mater Dei a déménagé dans son église actuelle en 2009, les fidèles débordaient du Carmel. La communauté grandit encore, et la paroisse a maintenant quatre messes du dimanche et quatre prêtres. 
Pour avoir quelques faits et chiffres sur cette campagne, nous avons parlé au curé de la paroisse Mater Dei, l’infatigable abbé Thomas Longua, FSSP, qui a été à la tête de la paroisse avant le premier déménagement en 2009. L’assemblée a été comptée à toutes les messes, il y a 1 100 fidèles qui assistent chaque dimanche à la messe. L’église ne peut accueillir que 300 personnes, alors vous pouvez imaginer à quel point ces messes sont pleines. La paroisse Mater Dei prévoit d’ajouter une autre messe en hiver, ce qui portera le nombre de messes du dimanche à cinq. L’église voit beaucoup de visiteurs le dimanche, et en raison de sa position près de l’aéroport international de Dallas ce qui contribue très probablement aussi à ce nombre.
L’église qui sera construite devrait permettre d’accueillir 900 fidèles par messe pour un coût de 4,5 millions de dollars.

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Révolution française et traditionalisme (XIV): Le succès d'un accord pratique: la réconciliation des anciens jureurs

SOURCE - Le Forum Catholique - 14 octobre 2017

On a vu dans les deux parties précédentes les problèmes posés par la résistance d’une proportion notable de l’ancien épiscopat à la démission exigée par Pie VII le 15 août 1801. Cependant, il reste à dire quelques mots de la réconciliation avec le Saint-Siège des évêques de l’Eglise constitutionnelle, rarement évoquée dans le milieu traditionaliste, où elle semble peu connue, mais, en tant qu’accord pratique difficilement conclu, mais finalement couronné de succès, susceptible de lectures et d’usages contradictoires qui la rendent d’autant plus intéressante que les historiens qui ont écrit à son sujet, d’André Latreille à Bernard Plongeron, ont curieusement recouru à un langage qui rappelle de fort près les controverses actuelles.

Après la conclusion du Concordat, la totalité des évêques constitutionnels, soumis à la pression du gouvernement, démissionnent afin de rendre possible la pacification religieuse de la France, sans que la démission implique cependant la rétractation de la conduite tenue pendant la décennie révolutionnaire. Or, dès le lendemain de la signature du Concordat, dont aucun article ne mentionne les assermentés, Bonaparte annonce au cardinal Consalvi, secrétaire d’Etat de Pie VII, qu’il choisira les futurs évêques concordataires dans les deux anciens clergés réfractaire et constitutionnel. Le premier consul exige en outre qu’aucune rétractation humiliante ne soit exigée des anciens jureurs. Le cardinal Caprara, légat du pape, reçoit alors la mission de tout mettre en œuvre pour écarter les constitutionnels, mais il est autorisé à accorder aux nouveaux évêques l’institution canonique, sous réserve que Rome confirme ses actes dans les six mois.
  
Très rapidement, le légat comprend qu’il ne fléchira pas Bonaparte ; Consalvi l’engage donc d’une part à écarter les chefs du parti constitutionnel, notamment Grégoire, d’autre part à exiger des constitutionnels retenus par le gouvernement l’adhésion aux jugements du Saint-Siège. Le 30 mars 1802, Bonaparte annonce à Caprara la nomination de douze constitutionnels parmi les quarante-cinq premiers évêques et ne laisse au légat qu’une semaine pour donner son approbation. Le Cardinal, sous la pression du conseiller d’Etat Portalis et de l’abbé Bernier, n’a donc que très peu de temps pour obtenir de ces évêques jureurs l’indispensable soumission au jugement de Rome (1).

Il faut noter ici que certains constitutionnels, à cette date, sont déjà entièrement rétractés. Ainsi Louis Charrier de La Roche, l’ancien apologiste de la Constitution civile du clergé, se repent-il de ses anciennes fautes dès le moment où lui est proposé le siège de Versailles, où il fait aussitôt preuve d’une rigoureuse orthodoxie (2), ce qui lui vaut d’être regardé comme un renégat par Henri Grégoire (3). Fesch, oncle de Bonaparte, nommé au siège de Lyon, a été préalablement converti par le sulpicien Emery, qui loue son « zèle pour la religion et pour l’Eglise (4) ». A Bayonne, il est reproché par la police à l’ancien assermenté Loison, très effacé, de recevoir avec froideur les constitutionnels et de se régler par les avis d’un conseil exclusivement dominé par les anciens réfractaires (5). Plusieurs des anciens assermentés retenus dans le nouvel épiscopat ont donc aussitôt tenu une conduite très digne.

Cependant, en mars 1802, la plupart des anciens évêques constitutionnels sont encore bien loin d’être animés de tels sentiments. Pressé par l’abbé Bernier, le cardinal Caprara finit par accepter un moyen terme : on ne demandera pas aux évêques la signature d’une rétractation écrite, mais on se contentera d’une rétractation verbale devant deux témoins. Les machinations de l’abbé Bernier, ancien aumônier de l’armée catholique et royale, nommé au siège d’Orléans, permettent alors de faire croire au légat à la rétractation des évêques, dont l’abandon de la Constitution civile du clergé est en réalité purement pratique et non doctrinal (6). 

Cette manœuvre permet aux anciens constitutionnels d’obtenir de Caprara l’institution canonique ; cependant, Mgr Lacombe, nommé au siège d’Angoulême, suivi par les évêques Le Coz, Périer, Saurine et Reymond, ne tarde pas à protester violemment de son attachement aux principes de la Constitution civile. Cet épisode provoque la consternation à Rome, où l’on se résigne finalement à accepter comme valide le certificat délivré par Bernier, tout en tirant parti de l’attitude : bien qu’ils aient déjà été officiellement installés, les évêques demeurent dans l’obligation de solliciter leurs bulles, mais Rome se garde de leur répondre (7). Si la situation des évêques anciens jureurs demeure peu régulière, Rome donne cependant l’impression d’avoir cédé dans un premier temps à la pression du gouvernement français et à l’opiniâtreté des constitutionnels.

L’affaire connaît de nouveaux développements à la fin de l’année 1804, lorsque les évêques se trouvent rassemblés à Paris à l’occasion du sacre de Napoléon : Pie VII entend en effet refuser de donner le moindre signe de communion aux constitutionnels non rétractés. A cette date, la situation a déjà connu une évolution notable. Depuis 1802, Mgr Primat, archevêque de Toulouse, Mgr Bécherel, évêque de Valence, Mgr Berdolet, évêque d’Aix-la-Chapelle et Mgr Leblanc de Beaulieu, évêque de Soissons, se sont dissociés de leurs confrères, avec lesquels ils faisaient jusque-là cause commune, en demandant au légat Caprara une nouvelle absolution (8). Le cas le plus notable est peut-être celui de Mgr Leblanc de Beaulieu, chez qui l’attachement à la Constitution civile se doublait de convictions nettement jansénistes. L’évêque de Soissons évoque ainsi son évolution personnelle, amorcée dès le début 1802, en des termes qui méritent d’être signalés :
Mon changement sur certains points contestés, quoiqu’ils ne dussent l’être, ne me rendra, j’espère, ni plus ami des systèmes opposés aux grandes et saintes vérités de la gratuité, nécessité et efficacité de la Grâce du Sauveur, ni moins ennemi des excès, auxquels j’ai vu se porter, en fait d’opinions fausses, plusieurs de ceux qui se regardent comme les défenseurs immaculés et exclusifs de ces mêmes vérités. J’ai à ces messieurs l’obligation de m’avoir ramené indirectement, et sans le vouloir, au point précis où il faut être pour ne donner dans aucun extrême (9).
La conversion de Mgr Leblanc de Beaulieu est si complète qu’au début de 1804, dans un mémoire malheureusement perdu, il exhorte ses anciens confrères encore dissidents à l’imiter. Deux ans seulement après la formation du nouvel épiscopat, la réorganisation concordataire tourne donc nettement à l’avantage de l’orthodoxie. 

Le sacre de Napoléon donne lieu à de multiples rédactions de formules de soumission qui ne sont pas sans intérêt. Le 30 novembre 1804, une première formule de « soumission au Saint-Siège sur les affaires ecclésiastiques de France » est transmise aux anciens constitutionnels par l’intermédiaire de Fouché. Mgr Le Coz, archevêque de Besançon, qui passe pour le meilleur théologien des jureurs récalcitrants, accepte de la signer. Cependant, le pape s’aperçoit que les constitutionnels ont substitué les « affaires canoniques » aux « affaires ecclésiastiques », ce qui le conduit à dénoncer ce procédé à Napoléon (10).

Le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, propose alors une formule de conciliation, qui conserve la soumission sur les affaires ecclésiastiques, mais ajoute une phrase qui lave les constitutionnels de tout soupçon de duplicité depuis l’institution donnée par le légat : 
J’ai constamment été attaché de cœur et d’esprit au grand principe de l’unité catholique et que tout ce tout ce que l’on m’aurait supposé ou qui aurait pu m’être échappé de contraire à ce principe n’a jamais été dans mes intentions.
Cette satisfaction, jugée insuffisante par Mgr Le Coz, recueille néanmoins l’adhésion de Mgr Périer, évêque d’Avignon, et celle plus surprenante de Mgr Lacombe, évêque d’Angoulême, qui passait pour le plus intraitable (11). 

Au moment du sacre, il ne reste donc plus que quatre évêques dissidents. Comme le note André Latreille, si l’on excepte Le Coz, il ne reste dans la résistance que les « moins recommandables par leur tenue et leur doctrine (12) ».

Le 22 décembre 1804, les quatre évêques, qui sentent que l’appui du pouvoir civil se dérobe, sont reçus par Pie VII et finissent par signer un formulaire où ils promettent « soumission aux jugements du Saint-Siège et de l’Eglise catholique, apostolique et romaine sur les affaires ecclésiastiques de France ». L’ajout des jugements de l’Eglise et non seulement du Saint-Siège est susceptible d’une interprétation gallicane, et il est hors de doute que les constitutionnels donnaient à ces mots un sens très différent de celui que leur prêtait Pie VII. Cette ambiguïté n’en marque pas moins selon André Latreille la « défaite des constitutionnels (13) » : en effet, par la suite, seul Mgr Saurine, évêque de Strasbourg, ose nier publiquement s’être rétracté de son adhésion à la Constitution civile.

L’histoire de la réconciliation des évêques constitutionnels avec le Saint-Siège est donc celle d’un accord pratique, initialement consenti à contre-cœur par Rome sous la pression du gouvernement français, qui porte néanmoins ses fruits non seulement de pacification religieuse, mais aussi de rétablissement doctrinal, puisqu’il permet l’abandon graduel, mais définitif des erreurs de la Constitution civile du clergé : alors qu’en 1802 les évêques constitutionnels intégrés à l’épiscopat concordataire, sûrs de leur bon droit, refusaient presque unanimement le pardon du Saint-Siège, trois ans seulement plus tard, tous, à l’exception d’un seul, ont de fait reconnu leurs erreurs. C’est bien au bénéfice de la doctrine que la réconciliation s’est opérée, même au prix de quelques formules équivoques.

Entre triomphe final de la vraie doctrine et puissance d’absorption de l’Eglise hiérarchique, un tel épisode est certainement susceptible de recevoir de la part des traditionalistes d’aujourd’hui des interprétations diverses ; il suggère en tous cas à quel point il est difficile d’imposer aux crises du passé un sens univoque dans l’usage qui en est fait dans les controverse présentes. 

Peregrinus
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(1) André Latreille, Napoléon et le Saint-Siège (1801-1808). L’ambassade du cardinal Fesch à Rome, Félix Alcan, Paris, 1935, p. 9-10. 
(2) Charles Ledré, Une Controverse sur la Constitution Civile du Clergé. Charrier de La Roche, métropolitain des Côtes de la Manche, et le chanoine Baston, Librairie Emmanuel Vittes, Paris, 1943, p. 174-175.
(3) Mémoires de Grégoire, ancien évêque de Blois, Ambroise Dupont Editeur, Paris, 1837, p. 15. Pour l’ancien intrus du Loir-et-Cher, Mgr Charrier de La Roche est devenu « apostat des principes qu’il a professés ». On voit ainsi, au-delà de l’aigreur qui le caractérise souvent, que pour Grégoire, il en allait des principes, de ce qu’il croyait être la doctrine, et non de facilités pastorales.
(4) Cité par André Latreille, op. cit., p. 128.
(5) Archives Nationales, F/19/906/1, Rapport de la police, 6 nivôse an XI.
(6) Bernard Plongeron, Des résistances religieuses à Napoléon, Letouzey & Ané, Paris, 2006, p. 167.
(7) André Latreille, op. cit., p. 12.
(8) Ibid., p. 352.
(9) Cité par Rodney Dean, L’Eglise constitutionnelle, Napoléon et le Concordat de 1801, chez l’auteur, Paris, 2004, p. 540. La lettre, adressée à Baillet, ancien curé constitutionnel, est datée de janvier 1802, mais ce n’est qu’au début de l’année 1804 que l’évêque de Soissons semble s’être pleinement soumis aux jugements de l’Eglise.
(10) André Latreille, op. cit., p. 354.
(11) Ibid., p. 356.
(12) Ibid., p. 357.
(13) Ibid., p. 360.

[Abbé Arnaud Sélégny, fsspx - Fideliter] Les franciscains de l'Immaculée - Seconde partie

SOURCE - Abbé Arnaud Sélégny, fsspx - Fideliter n° 239 - septembre-octobre 2017

Voici la suite et la fin de notre série de deux articles sur les franciscains de l'Immaculée. Cette congrégation a beaucoup souffert de son intérêt pour la liturgie traditionnelle. L'histoire de ses soubresauts est riche d'enseignements.
Au lendemain de la mise sous tutelle de l'institut des franciscains de l'Immaculée, la situation est difficile pour tous ceux qui ont manifesté leur intérêt pour la tradition liturgique de l'Église. Décrivons à présent les réactions à cette mise sous tutelle, venues de l'extérieur et de l'intérieur de l'institut, ainsi que l'épilogue encore inachevé de cette histoire.
UNE TENTATIVE DE RÉACTION
Une réaction extérieure s'organise d'abord, en deux temps.

9 décembre 2013 - Le professeur Roberto de Mattei lance sur son site internet Corrispondenza Romana un recueil de signatures pour demander la démission du père Volpi. Au 15 décembre, il en a obtenu 5 000, venues du monde entier, et le 8 janvier 2014 il remet 8 000 signatures au cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État. Sans succès…

Janvier 2014 - Les éditions Fede & Cultura de Vérone publient un volume de 233 pages contre la mise sous tutelle, recueillant les principales interventions parues dans la presse et sur internet lors des mois précédents. On observe ensuite une réaction intérieure. Progressivement, certains Frères commencent à comprendre que l'intention du commissaire et du Saint-Siège est de rallier l'institut à la conception conciliaire de la vie religieuse. Ils estiment que la situation idéale est celle d'avant la visite et soutiennent le biritualisme. Sur le Concile, les positions sont plus nuancées : on passe de ceux qui partagent l'« herméneutique de la continuité » à ceux qui pensent que le Concile est pastoral, donc faillible. Certains en arrivent à dire, en privé seulement, qu'il y a des erreurs dans le Concile. Ce qui les unit, c'est surtout le refus de laisser dénaturer leur vie religieuse et d'être obligés à suivre une formation trop progressiste. Bien qu'ils manifestent une sincère sympathie vis-à-vis de la Tradition, ils sont encore loin des positions de la Fraternité Saint-Pie X.

Après la fermeture du séminaire, beaucoup de Frères étudiants de cette tendance sont perplexes. Les ordinations sont suspendues pendant un an et les études arrêtées. Ceux qui se destinent au sacerdoce recevront dorénavant leur formation dans un séminaire diocésain pour la philosophie et dans une université romaine pour la théologie… Mais ils veulent rester franciscains de l'Immaculée.

Ils envisagent de demander une dispense de leurs voeux et d'essayer de fonder une autre société pour reprendre leur ancienne vie religieuse : un nouvel institut relevant de la commission Ecclesia Dei. Le père Manelli, qui n'est pas à l'origine de cette initiative, donne secrètement son soutien : que tous les Frères qui le souhaitent envoient ensemble la demande de dispense au Saint-Siège pour « ouvrir les yeux » à la congrégation. On croit encore que le pape et le dicastère sont mal renseignés… La dispense n'est accordée qu'à certains Frères de voeux temporaires, les autres attendront l'extinction de leurs voeux. Mais la dispense n'est accordée aux profès perpétuels que s'ils demandent la réduction à l'état laïc ou le passage dans un institut « moderniste ». On ne concède aucune dispense pour ceux qui ne demandent que l'exclaustration, afin d'être incardinés dans un diocèse, pour empêcher la reconstitution d'un institut semblable à celui qu'on vient de détruire. Dans ce but, l'on vise surtout les prêtres – tous profès perpétuels – en les empêchant de rejoindre les étudiants qui ont quitté l'institut.

28 juin 2014 - Mgr Ramon Cabrera Argüelles, archevêque de Lipa aux Philippines, érige les ex-Frères en association publique de fidèles (cf. canons 298-329 du code de 1983). Ses membres, tout en pratiquant la vie religieuse et en portant un habit, sont canoniquement des laïcs. Ils ne peuvent ni incardiner ni avoir un séminaire. Mais c'est la première étape pour être érigé en institut. L'association s'intitule Frères de l'Immaculée et de saint François, et compte 30 à 40 membres. La nouvelle association cherche à s'installer en Italie : elle a besoin de structures et de la permission des Ordinaires locaux. Ils sont accueillis dans des couvents de la province des frères mineurs (o.f.m.) des Marches, dont le provincial connaît déjà l'institut et admire leur fidélité à la règle. Nombre de couvents de la province étant vides, il en concède l'usage à la nouvelle association. Le Vatican ne laisse pas faire. Sans exiger la suppression de l'association, il avertit officieusement les évêques : ils ne doivent ni accueillir ses membres ni les incardiner. Pendant l'été, un groupe déménage à Rome pour recommencer les études et s'inscrit à l'université de l'Opus Dei. Le recteur les accepte mais, peu avant la rentrée, il change d'avis sur intervention de la Congrégation des religieux. Dans la même période, une tentative de se mettre sous la protection de la commission Ecclesia Dei échoue.

Novembre 2014 - Certains évêques s'étant montrés disposés à accueillir la nouvelle association (et éventuellement à en ordonner et incardiner les membres), le père Volpi se rend à l'assemblée de la Conférence épiscopale italienne et les dissuade de recevoir dans leur diocèse les membres de l'association. Vers la fin du mois, le secrétaire de la conférence épiscopale, Mgr Nunzio Galantino, envoie une circulaire dans laquelle il invite ses collègues à ne pas incardiner un ancien franciscain de l'Immaculée sans avoir d'abord contacté le commissaire.

Les Frères se sont par ailleurs organisés pour avoir des professeurs d'orientation traditionnelle des universités romaines qui viennent leur donner des cours. Les Pères auxquels le Vatican avait refusé la dispense collaborent secrètement avec la nouvelle association.

Octobre 2015 - Mgr Argüelles se rend en Italie et, avec la permission de l'archevêque de Foggia, procède à l'ordination du premier prêtre de la nouvelle association. Pendant la cérémonie, le recteur de l'église reçoit un appel urgent et quitte la célébration. C'est l'archevêché qui lui communique l'ordre, venu du Vatican, d'interrompre la cérémonie, mais il n'a pas le courage de s'exécuter. Le nouveau prêtre est incardiné au diocèse de Lipa.

4 avril 2016 - La Congrégation des religieux, par disposition du pape, déclare que pour l'érection d'un nouvel institut de droit diocésain, l'évêque devra demander ad validitatem (c'est-à-dire comme condition à la validité de cette érection) l'approbation du Saint-Siège. Simple coïncidence ? Toujours est-il que, lorsque Mgr Argüelles fixe de nouvelles ordinations pour le 23 février 2017, Rome intervient. S'appuyant sur le désaccord entre Mgr Argüelles (qui est d'orientation traditionnelle) et la Conférence épiscopale des Philippines (progressiste), le Vatican se débarrasse de l'archevêque de Lipa d'une façon toute particulière. Le 2 février 2017, il apprend par la presse… qu'il a demandé au pape sa démission et que le pape l'a acceptée. Il ne semble pas qu'il y ait d'autres griefs contre Mgr Argüelles que celui d'avoir favorisé l'association. L'enchaînement des dates et des événements est troublant. Mgr Argüelles, pressentant la fin prochaine de son mandat, avait donné aux ordinands des lettres dimissoires.

Les Frères de l'association se sont adressés à tous les évêques liés à la Tradition (Burke, Schneider, etc.) : aucun n'a accepté de les ordonner, même si personnellement ils y étaient favorables, à cause de la défense du Vatican.

En conclusion, il apparaît que Rome, sans prendre de décisions officielles qui auraient pu inquiéter les autres groupes traditionnels (et surtout la Fraternité Saint-Pie X, avec laquelle on discutait d'un accord canonique à la même période), a rogné les ailes de quiconque voulait rester fidèle à la vie des franciscains de l'Immaculée.

À l'intérieur de la société, les fondateurs ont été réduits au silence ; les anciens supérieurs ont été mutés et n'ont plus aucune charge ; les postes de commande sont occupés par des Frères favorables à la nouvelle orientation ; on a supprimé le séminaire et obligé les Frères à une formation moderne. À l'extérieur, on a empêché toute tentative de refondation : si l'association des frères de l'Immaculée et de saint François existe encore, elle n'a aucune possibilité de subsistance, car dans la pratique elle ne peut avoir de prêtres. Malheureusement ses membres n'ont pas encore les idées claires sur les fondements de la crise. Ils veulent rester dans la régularité canonique et fréquentent, faute de mieux, la nouvelle messe ; ils ne demandent pas l'aide des prêtres de la Tradition ; ils attendent un changement de pontificat ou quelque signe du Ciel. Ils n'oublient certes pas que c'est le « conservateur » Benoît XVI qui a lancé la visite canonique, en la confiant à un prélat de tendance moderne. Mais ils n'en tirent pas toutes les conséquences.
DU DESPOTISME À LA DIFFAMATION
visite, il n'est pas question de problèmes relatifs à l'administration des biens temporels : ils apparaissent dans le décret de mise sous tutelle et la première lettre du père Volpi. La question n'est pas abordée dans le questionnaire de la visite, ni, sinon en passant, dans les interventions du Vatican et du commissaire pour justifier la mise sous tutelle. Même remarque à propos des autres griefsattribués au père Manelli : de l'accusation d'avoir abusé de Soeurs à celle d'avoir provoqué la mort de Frères ayant découvert des secrets inavouables de l'institut ou celle du père Volpi lui-même, il n'y a rien dans les textes de la visite, ni durant les premières années de la mise sous tutelle.

L'on ne peut se retenir d'y voir un changement de stratégie. Le Vatican n'a pas réussi à tranquilliser les catholiques liés à la Tradition, auxquels s'étaient joints des vaticanistes de la grande presse, ni à empêcher complètement une refondation. Et Rome est en pleine discussion pour l'accord canonique avec la Fraternité Saint-Pie X. La tactique dure pouvait s'avérer nuisible.

Les faits qui suivent montrent qu'on s'est orienté vers la diffamation du père Manelli et de l'ancien gouvernement de l'institut avec des accusations (vol, abus, homicide) qui pouvaient frapper même les traditionalistes. Pour cette partie, il est parfois difficile d'avoir des preuves et il faut être prudent. Cependant, certaines de ces questions ont été soumises au jugement de la magistrature italienne, et l'on peut s'appuyer sur ses sentences pour avoir une base plus stable.

12 juin 2014 - Ouverture d'un blog (La mise sous tutelle des Franciscains de l'Immaculée) pour défendre la ligne du commissaire. Il procède à la diffamation systématique du fondateur, des Frères qui lui sont liés et de tous ceux qui soulèvent des doutes sur la gestion de l'institut. Certains articles sont de la plume des Frères contestataires. Ce qui est intéressant c'est qu'au début, les raisons évoquées pour la mise sous tutelle sont celles du décret. Un article de décembre 2014 ne parle ni de mauvaise gestion financière, ni d'abus sexuels. En janvier 2015 il est fait allusion au problème d'argent, mais il est affirmé que la protestation se ramène à une divergence théologique.

Ainsi, au début de 2015, presque trois ans après la visite canonique et deux ans après la mise sous tutelle, personne ne fait référence à des abus sexuels sur les Soeurs ou à de prétendus crimes. Les critiques sur la gestion des biens temporels restent à l'état d'allusions. Vers la même époque les journaux dévoilent un scandale de malversation financière chez les frères mineurs, du temps où le ministre général était Mgr Carballo…
LA QUESTION PATRIMONIALE
La première allusion à des problèmes financiers vient du commissaire. Dans sa circulaire du 8 décembre 2013, le père Volpi parle d'un « transfert indu d'argent pendant la mise sous tutelle ». Les bénéficiaires seraient les frères et soeurs (selon la chair) du père Manelli. La famille de ce dernier porte plainte contre le commissaire qui se voit obligé par jugement à publier une rectification, le 31 janvier 2014 : les familiers du père Manelli sont totalement étrangers à ces opérations financières…

27 mars 2015 - Le journal Il Mattino de Naples annonce que la police italienne a mis sous séquestre des biens appartenant aux associations « Mission de l'Immaculée » et « Mission du Coeur immaculé », pour une valeur de 30 millions d'euros. Les titulaires de ces associations, des laïcs liés au père Manelli, sont accusés d'escroquerie aggravée et d'usage de faux. Surgissent de nouveaux griefs contre le fondateur : il aurait détourné l'argent des bienfaiteurs pour des membres de sa famille, mis à la tête de ces associations.

En réalité, les franciscains de l'Immaculée suivent la règle du Séraphique d'Assise : les mineurs et les capucins (avant le concile) ne pouvaient rien posséder, mais leurs biens étaient mis au nom du Saint-Siège, qui les administrait. Le père Manelli aurait voulu faire de même, mais le Saint-Siège refusa, car après le concile, il ne voulait plus assumer cette administration, confiée à des associations de laïcs. Le fondateur procéda de même. Dans la pratique, l'administration des associations à été entièrement transférée à des mains de laïcs, mais ce passage était en phase finale lors de la visite et de la mise sous tutelle. Il y eut alors une accélération du processus qui généra des irrégularités, sans escroquerie ni vol.

Le commissaire, déçu, s'adressa à la magistrature, car il n'avait pas réussi à persuader les laïcs titulaires à mettre les biens à la disposition du nouveau gouvernement et il ne pouvait les obliger.

7 juin 2015 - Le père Volpi, qui était convalescent après un malaise, meurt subitement d'un ictus.

29 juin 2015 - Il est remplacé par l'abbé Sabino Ardito, salésien, assisté de deux collaborateurs, un capucin et un jésuite, tous trois spécialistes en droit canonique.

15 juillet 2015 - Le tribunal d'appel d'Avellino relaxe le père Manelli et ses collaborateurs du chef de séquestration de biens, sentence confirmée par la Cour de cassation le 18 décembre 2015. Le procès pour usage de faux est toujours en cours.
LA QUESTION DES ABUS SEXUELS
Passons sur des accusations plus ou moins farfelues : pratiques de pénitence excessives, envoûtement, conditions de vie inacceptables, tortures, pactes signés avec le sang, etc.

4 novembre 2015 - Apparaissent pour la première fois des accusations d'abus sexuels sur des Soeurs du fait du père Manelli. C'est le fruit d'une enquête menée par l'un des quotidiens les plus importants d'Italie, le Corriere della sera, qui s'appuie sur les témoignages d'anciennes Soeurs défroquées. Elle est relayée sur internet. Le parquet d'Avellino ouvre une enquête. À côté des violences sexuelles, on commence à parler de faits encore plus mirobolants : il y aurait eu une série de morts suspectes à Frigento ; des Frères auraient été assassinés sur l'ordre du père Manelli pour avoir découvert des « secrets ». Le père Volpi lui-même aurait été empoisonné. Bornons-nous à ce qui est certain.

21 novembre 2016 - Le parquet d'Avellino archive la procédure contre le père Manelli.

Ceci est éloquent si l'on se souvient du contexte : on sait combien l'Église a pris de précautions dans ce domaine, et comment elle n'hésite pas à intervenir (que l'on songe au cas du fondateur des Légionnaires du Christ). De plus, les franciscains de l'Immaculée étaient sous tutelle depuis 2013. Enfin, ces accusations sont apparues quand celles concernant la mauvaise gestion de l'argent avaient été réfutées.
LES RESPONSABLES
Qui sont les auteurs de cette campagne de diffamation ? En ce qui concerne les accusations d'abus de pouvoir, de traditionalisme, de malversation financière, les accusateurs sont le commissaire apostolique et le nouveau gouvernement général. Mais, en date du 2 février 2017, le pape et la congrégation envoient au père Manelli une lettre où se lit : « Il est fait obligation au père Manelli de remettre dans la limite de 15 jours à partir de la réception de ce décret, le patrimoine économique géré par les associations civiles et toute autre somme en sa possession, à la pleine disposition de l'institut. » C'est feindre d'ignorer que, d'après les constitutions des franciscains de l'Immaculée approuvées par le Saint-Siège, l'institut ne peut avoir à sa disposition aucun bien : c'est pour cela que les associations de laïcs ont été instituées. Or, le père Manelli n'a aucun pouvoir sur les biens appartenant à ces associations. Persuader les laïcs qui les administrent à les mettre à la disposition de l'institut serait contraire aux constitutions.

Quant aux violences et aux abus, relevons que, dans une émission télévisée, un document a été produit, connu de la seule Congrégation des religieux et du père Manelli – qui n'avait aucun intérêt à sa diffusion. Enfin, la famille et les amis du père Manelli n'ont cessé d'écrire au Saint-Siège pour se plaindre des fausses accusations diffusées à la télévision par le canoniste du commissaire. Sans résultat. Il semble donc difficile d'exonérer certains milieux du Vatican d'une passivité certaine devant les accusations fausses.
CONCLUSION
Essayons de tirer un bilan. L'on peut constater que, sur le plan doctrinal et liturgique, l'institut des franciscains de l'Immaculée se trouvait, après le motu proprio, dans une situation qui évoluait vers la Tradition liturgique et même doctrinale. Mais Rome est intervenue avant la fin de ce processus. Les membres influents de l'institut pensaient qu'une discussion publique sur les réformes était nécessaire : c'était trop. Mais quel élément pouvait bien inquiéter Rome dans cet institut ?

Il est manifeste que l'intervention de Rome visait d'abord et avant tout à arrêter la mouvance traditionnelle et à rallier l'institut aux nouvelles tendances issues de Vatican II. Pourquoi interdire la messe traditionnelle, fermer le séminaire, lancer des accusations de cryptolefebvrisme, si les problèmes ne concernaient que l'argent et les abus ? À quoi bon empêcher de jeunes Frères, étrangers à ces histoires, de faire une nouvelle fondation ?

Cette attitude de la part de Rome vise une intention précise : donner un avertissement pour prévenir une évolution d'une position conservatrice à une position traditionaliste critiquant les textes conciliaires.

Si l'on considère la chronologie des événements, on a l'impression que les affaires d'argent et de moeurs ont été inventées, très tardivement, pour se justifier aux yeux des tradis, et avant tout de la Fraternité Saint-Pie X. Mais alors, comment expliquer les décisions prises ? Et si la bienveillance de Rome visà- vis de la Fraternité est réelle, pourquoi ne pas laisser aux franciscains de l'Immaculée la liberté de « faire l'expérience de la Tradition » ?

Abbé Arnaud Sélégny, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X