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Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

24 mars 2017

[Abbé Étienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste] Conservateur = corrupteur

SOURCE - Abbé Étienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste - mars 2017

«C'est une forme de modestie louable que de ne pas vouloir être excentrique…» Les conservateurs ont des qualités, on ne peut le nier. Ils ont celle d'un certain courage, puisqu'il leur faut sans cesse s'opposer aux progressistes. Mais nous ne voulons pas ici juger de leurs intentions, ni dire en quoi ils sont excusables. Nous voulons seulement manifester le danger que courent, et font courir, les conservateurs. Non pas ceux qui cherchent la vérité et qui s'arrêtent − un temps trompé − aux seules apparences de la vérité, mais les conservateurs qui tiennent à le rester. 
«…Mais cette modestie est devenue impossible à pratiquer aujourd'hui!» Selon les faux-penseurs vrais-menteurs, le monde serait divisé en droite et gauche, conservateurs et progressistes. C'est faux. Le monde est divisé depuis le péché de Lucifer entre ceux qui acceptent l'autorité de Dieu et ceux qui la refusent. 
     
Ceux qui acceptent l'autorité divine sont appelés contre-révolutionnaires mais ils forment ce qui a pour vrai titre: la «Tradition». Les hommes de Tradition acceptent ce qui est transmis par les anciens parce que reçu de Dieu. Les révolutionnaires refusent toute transmission parce qu'ils refusent de recevoir une quelconque loi.
     
Ceux qui refusent l'autorité sont les révolutionnaires. Les progressistes sont de francs révolutionnaires : ils refusent la Tradition, et cherchent toujours et sans cesse du nouveau.
     
Les conservateurs ne sont pas de la Tradition : ils ne cherchent pas à transmettre ce qui est divin mais à conserver un pauvre état humain. Les conservateurs conservent un état présent. Le conservateur alimentaire maintient la viande dans un état intermédiaire entre la vie et la moisissure. L'apparence est appétissante, mais cache des principes morbides. L'homme conservateur souhaite maintenir le monde dans un état apparent plaisant… et dans un état réel de révolution. 
     
Objectivement le conservateur est, –bien souvent à son corps défendant–, un hypocrite révolutionnaire. Il conserve à la Révolution une apparence sortable. Il en est le meilleur allié, nolens volens.
     
Le conservateur est le meilleur ennemi de la Tradition. Le meilleur parce que le plus proche quant aux apparences. Combien sont trompés ? «C'est la même messe…» Oui, mais ce n'est pas la même doctrine! Les schismatiques aussi célèbrent la même messe. Le conservateur est ennemi de la Tradition parce que les principes du conservateur sont ceux du Révolutionnaire, la logique et l'honneur en moins. 
     
Pour réduire un homme de Tradition à un conservateur, le révolutionnaire adopte une tactique très habile en disant simplement : «Venez sous mon toit, je vous laisse libre». Le révolutionnaire baisse les armes, mais n'abandonne aucunement le terrain. De quelle liberté parlons-nous? Le révolutionnaire entend la liberté comme une indépendance de Dieu. Généreusement, il propose la liberté à la Tradition, la même liberté qu'il réclame pour toutes les erreurs, la liberté de Satan. Si l'homme de Tradition entre dans le cercle de la liberté révolutionnaire, il sort de l'adhésion à la vérité de Dieu, l'ayant réduite à une simple opinion humaine. Il gardera longtemps peut- être les apparences de la Tradition, mais il aura accepté dans son cœur le poison de la Révolution : c'est un conservateur de plus. 
     
Le conservateur a voulu sauver deux choses: les apparences et son honneur. Malheureusement l'honneur ne se conserve pas à la sauvette. Il demande à être servi avec noblesse, franchise et force. Le conservateur espère servir en restant sortable, en étant acceptable par ceux qu'il cherche à sauver. Faux honneur, vraie trahison : pour être accepté par le révolutionnaire, qui honni la Tradition, il a fallu cacher celle-ci. Belle noblesse, belle franchise, belle force! La Tradition est comme une plante : à l'ombre, elle crève, doucement, insensiblement. La Tradition transmet quelque chose. Cachée, coupée de sa source, elle n'est plus Tradition. La peau est restée, l'outre s'est vidée.
      
Le conservateur peut s'écrier: «Tout est sauf, fors l'honneur et la vérité!»

[Paix Liturgique] En Allemagne, Summorum Pontificum comme "source d'avenir"

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 587 - 24 mars 2017

Du 29 mars au 1er avril, se tiendront à Herzogenrath, petit bourg situé au nord d'Aix-la-Chapelle, les 18èmes rencontres liturgiques de Cologne.

Paix liturgique y sera représentée et a demandé à l'abbé Guido Rodheudt, le coordinateur de ces journées, de nous les présenter. C'est un événement particulièrement important cette année car il est le premier à se pencher sur le bilan des 10 ans du motu proprio de Benoît XVI. Une communication adressée par le cardinal Sarah sera lue durant ces rencontres dont le principal conférencier sera Mgr Sample, archevêque de Portland, authentique pasteur d'âmes ouvert à l'une comme l'autre forme du rite romain (voir notamment nos lettres 404 et 570).

I – NOTRE ENTRETIEN AVEC L'ABBÉ RODHEUDT
1) Bonjour M. l'abbé, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Abbé Rodheudt : Je suis né en 1964 à Aix-la-Chapelle. Je n'appartiens pas à la génération élevée dans la liturgie traditionnelle. J'ai étudié la philosophie et la théologie à Bonn et à Augsbourg avant d'être ordonné prêtre pour le diocèse d'Aix-la-Chapelle en 1989. Je me suis ensuite consacré à mon ministère en paroisse ainsi qu'à la rédaction et à la présentation de ma thèse de philosophie à l'université de Ratisbonne. Depuis 2000, je suis curé d'Herzogenrath. En 2001, en compagnie d'autres confrères, j'ai participé à la création d'un réseau de prêtres et de diacres désireux de se serrer les coudes face aux obstacles rencontrés au sein de l'institution ecclésiastique à cause de leur orthodoxie doctrinale et liturgique. Ce réseau rassemble près de 500 prêtres qui sont convaincus que l'évangélisation doit être conduite selon le Magistère et accompagnée par l'administration consciencieuse des sacrements. Depuis 2009, je suis l'aumônier et le co-organisateur des rencontres internationales de liturgie de Cologne. J'écris aussi régulièrement sur les questions liturgiques et culturelles pour différentes revues catholiques dont Vatican Magazin et Una Voce Korrespondenz.
2) Que représentent les rencontres liturgiques de Cologne ?
Abbé Rodheudt : Depuis bientôt 20 ans, nos journées s'efforcent d'illustrer et de préserver la solennité de la liturgie romaine et de valoriser son effet positif sur la vie de l'Église en général. Nées comme une initiative de prêtres et de laïcs de l'archevêché de Cologne, elles ont reçu le soutien d'une initiative similaire promue par un groupe de Hambourg et celui d'Una Voce Allemagne. Depuis 2009, ma paroisse, Sainte-Gertrude, accueille ces rencontres que je co-organise. Ce cadre paroissial stable leur a donné une certaine impulsion. Il ne s'agit pas d'une conférence pour initiés organisée dans un lieu isolé mais d'une activité parfaitement insérée dans la vie ordinaire d'une paroisse. Nous avons en moyenne 200 participants durant les 4 jours que dure cette conférence, dont une soixantaine de prêtres séduits par cette opportunité qui leur est offerte de nouer de nouveaux contacts et d'échanger sur de nombreux sujets. Comme il s'agit d'une conférence sur un thème donné et non d'une conférence thématique pour spécialistes, la variété des participants est grande. Il y a toujours un bel équilibre entre prêtres et laïcs, hommes et femmes, jeunes et anciens, théologiens et profanes. Au fil des ans, ces journées ont permis l'instauration d'un climat bénéfique à nos travaux ; un climat ouvert et favorable à la discussion, auquel a également contribué – grâce au motu proprio Summorum Pontificum – l'assurance de bénéficier de la célébration de la messe traditionnelle. C'était d'ailleurs le pari initial : sortir le trésor de la tradition liturgique du placard où il avait été remisé et lui faire une nouvelle place dans la vie quotidienne de l'Église. Il convient de saluer à ce propos le rôle joué par les évêques qui sont venus célébrer l'usus antiquiorparmi nous. Cette bonne ambiance incite souvent les participants à prendre date, dès la fin d'une édition, pour la suivante. Malheureusement, il y a encore des évêques et des diocèses qui ne font pas l'effort de s'intéresser à nos travaux et à l'esprit dans lequel ils se déroulent, de sorte que nous devons encore faire face à une certaine suspicion comme au préjugé de n'être mus que par la nostalgie.
3) Quel est le thème de cette année ? Qui sont les principaux invités ?
Abbé Rodheudt : Cette année, le titre de nos rencontres est « 10 ans de motu proprio Summorum Pontificum : une source d'avenir ». L'un des fondements de notre initiative est de voir le motu proprio non pas comme un simple geste de générosité envers les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle mais comme une invitation à nous concentrer de nouveau sur ce qui constitue l'essence de la liturgie afin de le rendre fécond en vue du renouveau de la vie liturgique de l'Église. Notre principal invité cette année est Mgr Sample, archevêque de Portland, qui manifeste dans son diocèse une grande ouverture envers la messe traditionnelle. Un autre évêque américain sera parmi nous, Mgr Steven Lopes, qui vient du Texas et est à la tête de l'Ordinariat anglo-catholique de la Chaire-de-Saint-Pierre qui rassemble les anglicans d'Amérique du Nord revenus à la pleine communion avec Rome. Mgr Lopes interviendra au cours de la conférence et célébrera une messe pontificale selon le Missel de l'Ordinariat à Sainte-Gertrude le 30 mars.
   
Le RP Cassian Folsom OSB, ancien prieur des Bénédictins de Nursie, célébrera la messe d'ouverture et témoignera de l'expérience des conséquences des tremblements de terre qui ont détruit le monastère et la basilique Saint-Benoît. Nous aurons aussi parmi nous un prélat romain, Monseigneur Markus Graulich, ainsi que les Professeurs Peter Kwasniewski, lui aussi en provenance des États-Unis, et Helmut Hoping, enseignant de liturgie et de dogmatique à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Il y aura aussi des communications en matière de musique et d'art sacrés mais aussi au sujet des Églises d'Orient. Le cardinal Sarah ayant dû annuler sa venue, pourtant confirmée par écrit précédemment, nous aurons une table ronde autour de Mgr Sample, des Professeurs Graulich et Kwasniewski, (USA) et de moi-même, au sujet de la "réforme de la réforme" de la liturgie romaine permise par le pape Benoît XVI. Nos journées se termineront le 1er avril à 10 heures avec une messe pontificale selon la forme extraordinaire du rite romain célébrée par Mgr Sample. En raison de travaux à Sainte-Gertrude, la cérémonie se tiendra dans le secteur hollandais de notre ville, à l'ancienne abbaye de Rolduc. Il y aura enfin un moment convivial pour conclure autour de l'écrivain Martin Mosebach qui rendra hommage pour l'occasion à Benoît XVI.
4) À propos du cardinal Sarah : son clair et courageux appel à célébrer ad Orientem est resté lettre morte. Est-ce selon vous le signe que la réforme de la réforme est enterrée ou bien au contraire une opportunité pour relancer la forme extraordinaire comme source de renouveau de la forme ordinaire ?
Abbé Rodheudt : Les raisons du peu d'empressement manifesté par le pape François pour répondre favorablement à la demande d'orienter versus Deum les prières communes de l'Église, en Orient comme en Occident, m'échappent. Par sa déclaration, le cardinal Sarah nous a simplement rappelé que si le concile Vatican II a permis la célébration versus populum, celle-ci n'est pas imposée et encore moins exclusive. Quant à l'expression de « réforme de la réforme », je ne sais pas si le Pape entend ou non l'abolir. Il ne s'agit en réalité que d'une formule introduite par son prédécesseur qui donne son sens à un moment de l'histoire de la théologie et de la liturgie. Il me semble légitime d'affirmer que le motu proprio Summorum Pontificum a permis la naissance d'un esprit qui tend au renouveau de la liturgie romaine et qui s'appuie sur les grands principes fondateurs de la tradition latine pour permettre une "réforme de la réforme". Par conséquent, il ne me semble pas possible (et certainement pas souhaitable) d'interdire telle ou telle idée ou telle ou telle formule en raison des intentions présumées de Benoît XVI.
Nous sommes heureux et reconnaissants que le cardinal Sarah nous ait adressé, nonobstant l'annulation de sa venue, une communication argumentée portant sur les 10 ans du motu proprio. Ce texte, qui sera lu aux participants, permettra d'une certaine manière au Préfet du Culte divin d'être présent parmi nous en nous faisant partager ses orientations. Surtout, et enfin, sa lectrure nous aidera à nous sentir soutenus dans notre conviction que la vie de l'Église ne peut être détachée de la sainteté de sa grande et ininterrompue tradition liturgique.
5) Vu d'Allemagne, quel bilan tirez-vous de ces dix ans de Summorum Pontificum ?
Abbé Rodheudt : Tout d'abord, Summorum Pontificum a représenté une grande libération. Il était profondément erroné de traiter la colonne vertébrale de la culture européenne comme une antiquité poussiéreuse. Parmi les prêtres et les laïcs, la libération de la praxis liturgique a donné lieu à une nouvelle conscience de ce que la liturgie et la sacralité représentent vraiment. Les jeunes prêtres et les séminaristes, en particulier, sont très désireux de connaître « l'ancienne messe » bien que ce soit parfois risqué pour eux quand leurs évêques se refusent à un dialogue auquel ils prétendent par ailleurs être particulièrement ouverts. Attention, cela ne signifie pas que ces jeunes ecclésiastiques ne considèrent que la liturgie traditionnelle mais que sa découverte les conduit à envisager la liturgie réformée avec plus de dignité et de responsabilité, surtout quand il s'agit de faire face aux options innombrables du nouveau Missel. Il est significatif, à cet égard, que les convertis comme les catholiques non pratiquants ou en recherche, choisissent souvent la liturgie traditionnelle, quand il leur est permis de la rencontrer, comme demeure. Ils ressentent intuitivement qu'elle repose sur quelque chose qui est à l'abri de l'influence de l'esprit des temps (« Zeitgeist » en langue originale) et de ses multiples déclinaisons. De ses origines, depuis saint Grégoire le Grand, et jusqu'à aujourd'hui, la tradition liturgique a toujours été imprégnée d'un esprit missionnaire. Et cela continuera. Toutes les tentatives d'étouffer cet esprit, au nom d'une idéologie ou d'une autre, failliront lamentablement, comme le béton ne parvient jamais à empêcher totalement l'herbe de trouver en fin de compte son chemin...

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Cette conférence, la première de l’année à se pencher sur les 10 ans du motu proprio de Benoît XVI, nous rappelle que l’Allemagne est « l'autre pays de la liturgie traditionnelle ». Tout d’abord, les deux principaux instituts traditionnels, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, y ont un séminaire (Zaitzkofen pour la FSSPX et Wigratzbad pour la FSSP). Ensuite, de Romano Guardini (Italien de naissance mais ayant grandi et passé toute sa vie en Allemagne) à Klaus Gamber et Joseph Ratzinger, l’Église y a trouvé quelques-uns de ses plus grands liturgistes du XXème siècle. L’école liturgique allemande classique, profondément orientée vers le Seigneur, est toujours féconde, il suffit de penser aux travaux de Michael-Uwe Lang, prêtre allemand membre de l’Oratoire de Londres, ou, dans un registre plus profane, de Martin Mosebach par exemple. Enfin, c’est enfin un fidèle d’origine allemande, le docteur de Saventhem, qui a présidé à la fondation de la Fédération internationale Una Voce et qui, le premier, eut l’idée de recourir à l’outil des enquêtes d’opinion pour montrer que l’attachement des fidèles à la liturgie latine et grégorienne n’était pas limité à un petit cercle de nostalgiques.

2) Il est vrai que l’Allemagne avait été auparavant un des pays du Mouvement liturgique le plus en pointe, avec Dom Odon Casel, de l’abbaye bénédictine de Maria Laach, ou Monseigneur Johannes Wagner, animateur du Deutsches Liturgisches Institut (DLI), fondé sur le modèle du Centre de pastorale liturgique (CPL) français, etc. En Allemagne comme en France, le Mouvement liturgique a favorisé un solide attachement intellectuel à la liturgie romaine et, paradoxalement, préparé le terrain à l’émergence d’une résistance très forte aux bouleversements de la fin des années 60. En fait, le Mouvement liturgique a engendré à la fois la réforme conciliaire et l’opposition à cette réforme. C’est ce que Benoît XVI remarquait dans sa Lettre aux évêques du 7 juillet 2007 : « Il s’est vite avéré que beaucoup de personnes restaient fortement attachées à cet usage du rite romain, qui leur était devenu familier depuis l’enfance. Ceci s’est produit avant tout dans les pays où le Mouvement liturgique avait donné à de nombreuses de personnes une remarquable formation liturgique, ainsi qu’une familiarité profonde et intime avec la forme antérieure de la célébration liturgique. »

3) « En Allemagne, 44% des catholiques pratiquants assisteraient régulièrement à la messe traditionnellesi le motu proprio était appliqué ! » titrions-nous le 20 avril 2010 en présentant les résultats du sondage conduit en février 2010 pour notre compte par Harris Interactive auprès de 2611 personnes majeures résidant en Allemagne. Dans le détail, il apparaissait que 25% des pratiquants d’outre-Rhin assisteraient tous les dimanches à la forme extraordinaire du rite romain si elle était célébrée dans leur paroisse ; et que 19% le feraient, eux, une fois par mois (par comparaison, les résultats de la même enquête organisée le mois précédent à Paris indiquaient que "seulement" 33% des pratiquants locaux – 20% tous les dimanches et 13% une fois par mois - se rendraient au moins une fois par mois à une telle célébration).

4) Le Réseau des prêtres catholiques («Netzwerk katholischer Priester») dont nous parle l’abbé Rodheudt semble, à bien des égards, comparable à l’Opus sacerdotale française, dans la mesure où il rassemble des prêtres diocésains désireux de demeurer fidèles à la plénitude doctrinale et spirituelle du sacerdoce catholique. À la différence près, et importante, que sa naissance n’est pas contemporaine des bouleversements conciliaires mais bien plus récente puisqu’elle ne survient qu’en 1993, année des secondes rencontres inter-religieuses d’Assise mais aussi de l’encyclique Veritatis Splendor. Nous tenterons de profiter de notre présence à Herzogenrath pour mieux comprendre la genèse de cette initiative tout en sachant que, plus encore qu’en France, une grande partie de la hiérarchie ecclésiastique allemande était, et demeure, fortement hostile à toute forme de tradition liturgique comme doctrinale.

22 mars 2017

[DIC] Fraternité Saint-Pie X : Le Brésil devient Maison autonome

SOURCE - DICI - 17 marrs 2017

Vu le développement de l’apostolat de la Fraternité Saint-Pie X en Amérique du Sud, et en raison des spécificités linguistiques et culturelles du plus grand pays catholique du monde, le Brésil est érigé en Maison autonome, à partir du dimanche 19 mars 2017.

Cette décision, prise l’an dernier par Mgr Bernard Fellay, Supérieur général, avec ses Assistants, les abbés Niklaus Pfluger et Alain-Marc Nély, entrera en vigueur ce 3e dimanche de carême, veille de la fête de saint Joseph, patron de l’Eglise. Une messe solennelle sera célébrée pour l’occasion par l’Econome général, l’abbé Pablo Suárez.

Conformément à ses statuts, l’apostolat de la Fraternité est organisé en plusieurs districts ou maisons autonomes, qui sont des districts en formation. Le Brésil compte actuellement trois prieurés ; il acquiert désormais l’autonomie et sera dirigé par l’abbé Juan-Maria de Montagut, actuel prieur à Sao Paulo, où résident quatre prêtres.

Le premier prieuré de la Fraternité au Brésil a été ouvert en 2001 à Santa Maria, dans la province de Rio Grande do Sul. Le prieuré Priorato Imaculado Coração de Maria accueille trois prêtres en charge du ministère dans la région.

La Fraternité développe aussi son apostolat dans l’état de Rio de Janeiro, à Arraial Novo près de Bomjesus do Itabapoana, où le Priorato São Sebastião a été ouvert en 2014. Dans la banlieue de Rio également, Dom Lourenço Fleichman, moine bénédictin, dirige un centre important à Niterói.

Depuis plusieurs années, de nombreux jeunes gens entrent au séminaire argentin de La Reja, désireux de devenir d’authentiques prêtres catholiques. Après le concile Vatican II, en étroite collaboration avec Mgr MarcelLefebvre, Mgr Antonio de Castro Mayer avait maintenu dans son diocèse la Tradition de l’Eglise.

(Source : FSSPX/MG – DICI n°351 du 17/03/17)

[Monde&Vie - Jacques-Régis du Cray] Saint-Nicolas: Paris vaut bien une messe!

SOURCE - Monde&Vie - entretien avec Jacques-Régis du Cray - 17 mars 2017

Jacques-Régis du Cray est historien du mouvement traditionaliste, réalisateur d’un film remarqué sur la vie de Mgr Marcel Lefebvre. Il a bien voulu répondre à nos questions alors que l’on fête le 40e anniversaire de la «prise» de Saint-Nicolas du Chardonnet.
Qu’est-ce qu’évoque pour vous la « prise » de Saint-Nicolas du Chardonnet ?
En 1977, je n’étais pas encore né. Par conséquent, même si j’ai grandi à l’ombre du clocher de Saint-Nicolas du Chardonnet, je n’ai connu ce qu’il est convenu d’appeler la « prise » que par les récits de ceux qui l’ont vécue. D’après ces témoignages et, au-delà du caractère mouvementé de ce qui peut sembler constituer une occupation, je parlerais davantage de restauration car, avant le 27 février 1977, l’église avait perdu son statut de paroisse et demeurait fermée une bonne partie de la semaine. Depuis ce jour-là, sa nef et ses confessionnaux ne désemplissent plus. Pour ses affectataires de fortune, cet évènement a sans aucun doute marqué le début d’une espérance cruciale et la fin d’une errance à travers la capitale. La messe traditionnelle était littéralement interdite et les séminaristes qui souhaitaient être ordonnés pour la célé- brer systématiquement condamnés. Ce jour d’hiver 1977, les défenseurs du culte traditionnel ont à nouveau espéré.
Quels sont les grands moments de l’histoire de Saint-Nicolas ?
Même si Saint-Nicolas est bien connu pour ces quatre dernières décennies, cette église paroissiale reconstruite au xVIIe en plein quartier latin avait une histoire ancienne et elle a certainement connu deux grands moments qui la distinguent des autres sanctuaires de la capitale. Au début du Grand Siècle, un séminaire fut édifié à ses côtés et de là, Adrien Bourdoise s’est avéré être un véritable héraut de la Contre-Réforme, multipliant les missions, exerçant un rayonnement par la prédication, formant un clergé instruit et cultivé. La loi de Séparation a mis fin à cette époque faste. Et c’est une autre figure cléricale, le chanoine Gabriel Lenert, qui a redonné une impulsion à l’église en la centrant sur sa vocation sacerdotale. Il obtint de saint Pie x d’y faire résider une confrérie dédiée à Marie, reine du clergé, pour remplacer le séminaire spolié. En 1912, le pape alla plus loin et fit de l’église le siège d’une archiconfrérie. C’est pourquoi Saint-Nicolas du Chardonnet est devenue la mère de toutes les confréries de Marie Reine du clergé à travers le monde. Le fait que la Fraternité Saint-Pie x s’y installe alors que son premier but est la sanctification sacerdotale est un évident clin d’œil de la Providence.
Que s’est-il passé ce 27 février 1977 ? 
Entre le moment où les réformes liturgiques ont été appliquées puis exigées et celui au cours duquel Saint-Nicolas a été occupée, des dizaines de lieux plus ou moins insalubres ont été expérimentés par Mons. Ducaud-Bourget et ses amis désireux de maintenir la messe traditionnelle à Paris. À l’hiver 1976-1977, avec son neveu, avec l’abbé Coache, l’abbé Serralda et Madame Buisson, il décida de célé- brer la messe dans une véritable église pour marquer les esprits à l’occasion des électionsmunicipales. Une fois l’assemblée envoyée, il pensait se retirer dans la sacristie préparée à la Mutualité. Or, ce qui devait être provisoire au cours d’une messe est devenu pérenne pendant quarante ans du fait des assistants si suppliants ! Sans doute, derrière la frêle figure du prêtre diocésain souffreteux se cachait une âme ardente qui avait connu la Grande Guerre, mêlant à la physionomie de Léon XIII celle du curé d’Ars. Mais il faut voir en Mgr Ducaud-Bourget un diplomate plutôt qu’un jusqu’au-boutiste, sachant allier l’humour à la plume plutôt que le sabre et l’amertume. D’ailleurs, il ne tenait pas à se laisser déborder par l’excès. Il renvoya des prêtres sédévacantistes de sa sacristie et il interdit qu’on ôtât le drapeau du Saint-Siège dans le chœur de l’église qu’il avait délivrée.
Monseigneur Ducaud-Bourget a une œuvre importante de poète mystique… 
Tout au long de sa vie, Mgr Ducaud-Bourget a beaucoup rédigé. Il a produit des écrits historiques, dramaturgiques, et même de critique littéraire. À ce titre, il n’avait pas ménagé Paul Claudel et François Mauriac. Néanmoins, ce sont ses poèmes, primés par l’Académie française, qui ont occupé bon nombre de ses soirées. Dom Gaspar Lefebvre, l’auteur du célèbre missel, avait préfacé en 1933, l’un de ses premiers recueils, l’Oblation, véritable hymne magnifiant la liturgie et révélant l’union intime du prêtre au sacrifice divin. Selon le grand bénédictin, ces poèmes méritaient d’être donnés à lire dans les séminaires. L’ensemble de son œuvre suit l’évolution de Paris au xxe siècle, celle de l’Église en transformation, les inquiétudes du prêtre et ses multiples pérégrinations. Sans doute était-ce une manière d’utiliser un art pour glorifier Dieu. En même temps, ce style lyrique, à la fois léger et fin, agrémentait l’opiniâtreté d’une âme aussi sensible que vaillante.
Pouvez-vous évoquer aussi l’abbé Vincent Serralda ? 
Avec sa barbe blanche et son nom hispanisant, l’abbé Serralda avait une allure de missionnaire et une dénomination de conquistador. Il avait à la fois l’âme de l’un et de l’autre. Fils d’un maçon et d’une ménagère établis près d’Alger, il n’a reculé devant aucun feu et vécut tour à tour la Seconde guerre comme aumônier militaire et la Guerre d’Algérie où il manqua d’être abattu plus d’une fois. Sa soutane, qu’il n’a jamais abandonnée et pour laquelle il fut persécuté, masquait les nombreuses médailles et citations à l’ordre de l’armée de ce pasteur studieux, humble et déterminé dont la modeste taille fut sans doute l’un des rares points qui le différenciait du père Brottier. Comme il avait été vicaire de SaintNicolas du Chardonnet entre 1964 et 1968, il facilita l’entreprise de sa restauration par la connaissance qu’il avait des lieux, avant de reprendre le chemin de ses chapelles de fortune, Sainte-Germaine et la salle Wagram. Dans les années 1990, sa silhouette sillonnait toujours l’avenue des Ternes et ne manquait pas d’arrêter le passant à la vue de ce petit géant. Son passé ne faisait pas pour autant de lui une tête brûlée en peine de conflits. Ses jeûnes hydriques pendant des jours et des jours en faisaient plutôt un ascète tandis que ses derniers mots appelant à « rester toujours attachés à Rome » constituaient un appel à ne pas perdre de vue l’horizon de tout catholique.
Y aurait-il eu « Saint-Nicolas du Chardonnet » sans un engagement des laïcs? 
Le jour de la « prise » de l’église, le clergé pensait simplement célébrer une messe. Il faut bien attribuer au petit troupeau exilé, errant de salles en salles, l’idée de se maintenir d’abord, une journée, puis une semaine puis une année. Au départ, une garde étoffée fut organisée pour éviter son expulsion. Elle fut ravivée en 2003, à la suite d’une occupation par des sans-papiers. Aujourd’hui encore, le fonctionnement matériel de cette paroisse fait participer chaque année des centaines de bonnes volontés pour la nettoyer, faire fructifier ses œuvres en tous genres, organiser ses processions, ses kermesses, coopérer à l’action du clergé. Dans les premiers temps, le rôle des hommes de lettres et des académiciens a été primordial pour asseoir intellectuellement la cause de Saint-Nicolas. Michel Droit, Jean Dutourd, Michel de Saint-Pierre, Jacques Dufilho, Jacques Perret, Jean Raspail, et bien d’autres ont permis de faire, de ce qui était présenté comme une occupation, une concession à des âmes délaissées et transformer un sanctuaire abandonné en un véritable temple réunissant toutes les traditions, des plus saintes aux plus populaires, désormais délaissées. Sans cet appui salutaire d’hommes de renom, les autorités ecclésiastiques, moins intimidées, auraient sans doute fait évacuer les lieux où auraient alors été tissées les toiles d’araignées, à défaut de recouvrer chasubles ou conopées.
Pouvez-vous évoquer en quelques mots les curés qui se sont succédé à Saint-Nicolas du Chardonnet depuis que monseigneur Ducaud-Bourget a remis cette église entre les mains de la Fraternité Saint-Pie X? 
À sa mort en 1984, Mgr Ducaud-Bourget a effectivement fait appel à l’œuvre de Mgr Lefebvre pour le remplacer. Il avait déjà reçu le concours apprécié des abbés Michel Simoulin et Philippe Laguérie. Ce dernier devint le prieur des lieux pendant treize années où les cloches sonnaient à toutes volées. Mgr Ducaud-Bourget refusait le titre de curé car il considérait que, n’ayant pas reçu juridiction pour cette tâche, il orchestrait plutôt un sauvetage des âmes déconsidérées. L’abbé Lagué- rie (1984-1997) était un orateur né qui savait ragaillardir les ardeurs. À sa suite, l’abbé Christian Bouchacourt (1997-2003) avait le don de toucher les cœurs et de faire renaître l’espérance dans les familles. L’abbé Xavier Beauvais (2003-2014) avait indéniablement un talent d’organisateur et ses prêches, d’une grande tenue, ont su résonner pour quantité de militants parfois déboussolés. Dernièrement, l’abbé Patrick de La Rocque (depuis 2014) a désiré réveiller la jeunesse, en l’invitant à épouser de nobles causes qui lui évitent le repli, en l’invitant à la charité pour les Chrétientés d’Orient persécutées. Tous ces prêtres, avec la collaboration de dizaines de confrères, ont fait de ce qui était au départ une bouffée d’oxygène un véritable poumon traditionnel au cœur de la capitale. Les hommes passent et l’œuvre se perpétue, rythmée par la vie des sacrements tandis que la grâce du Christ y est redistribuée quotidiennement.
Comment voyez-vous l’avenir de cette église, après 40 ans de témoignage traditionnel? 
L’avenir de cette église au cœur de la France est déjà tracé, c’est celui que lui avait donné Adrien Bourdoise : le cœur d’une mission vouée à rayonner. C’est le même objectif que Mgr Lefebvre espérait pour ses prêtres qui desservent l’église aujourd’hui : devenir des propagateurs d’un véritable zèle sanctificateur. Saint-Nicolas a fait des émules, directes ou indirectes – Notre-Dame-deConsolation est sa plus jeune sœur – et la messe grégorienne retrouve doucement mais sûrement sa place sur les autels. Sans doute, le danger serait-il de devenir une citadelle assiégée. Le but est d’en faire une véritable matrice, porteuse des exemples aguerris du passé. En formant et en sanctifiant les âmes, Saint-Nicolas du Chardonnet doit pouvoir pré- senter une nouvelle génération de fidèles apô- tres rayonnant avec habileté et charité.
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Propos recueillis par Claire Thomas

21 mars 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Vivre en Catholique?

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 18 mars 2017

Le diable, apparemment, vainc et a tout en main?
Détrompez-vous! Devant le Bon Dieu, c’est un nain!
Un autre jeune homme m’écrit pour me demander comment vivre en Catholique dans le monde qui nous entoure. Mais pour quel Catholique cela ne fait-il pas problème aujourd’hui ? Ses questions sur le monde et l’Église suivent en italique. Après, l’auteur de ce « Commentaire » lui offre quelques conseils :—
Il me devient de plus en plus difficile de mener une vie en accord avec ma Foi catholique. Quant au monde, dès que je gagnerai ma propre vie, devrai-je penser à me déplacer dans un autre pays, par exemple la France, pour chercher là le moyen de fonder une famille chrétienne avec une épouse, des prêtres qui tiennent à la Tradition, etc. ? Quant à la Messe, celle de St Pie V la plus proche de ma ville est à B., où se trouve une chapelle de la Néo-fraternité et une autre chapelle qui dépend de la Néo-église. Qu’est-ce que vous me recommanderiez de faire, Excellence ? Je ne connais pas de prêtres de la Résistance dans mon pays, ni même beaucoup de vrais Catholiques, comme il me semble.
Quant au monde, je ne vous recommanderais pas de vous déplacer dans un autre pays. Il est tout à fait probable que vous y rencontreriez les mêmes problèmes, et vous auriez coupé vos racines naturelles dans votre propre pays. Vous pouvez bien penser que les racines dans une ville moderne ne valent pas grand-chose, mais elles valent mieux que rien. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », dit le proverbe, et vous risqueriez de changer non pas de mal en mieux mais de mal en pire. La Providence vous a mis dans la ville où vous avez à présent votre famille et vos amis. Les solutions aujourd’hui sont d’ordre plutôt intérieur qu’extérieur, surtout lorsqu’une Guerre mondiale menace – aux USA le Système tout entier est contre Trump, et le Système veut la guerre!
  
De même pour l’assistance à la Messe. Cette « autre chapelle » que vous évoquez fut une fois meilleure qu’elle ne l’est maintenant. L’apostasie est aujourd’hui partout. A votre place je me méfierais des solutions géographiques. Vous pourriez vous attacher un jour au meilleur des prêtres comme il vous semblait, et peu de temps après il perd lui aussi les pédales. Un tel cas n’est que trop courant dans l’état actuel de l’Église. Cherchez une solution plutôt intérieure qu’extérieure.
  
Quant aux solutions intérieures, puisque vous lisez ce « Commentaire » vous savez avec quelle fréquence je répète la recommandation de prier tous les jours tous les 15 Mystères du Saint Rosaire. Les bons livres et la bonne musique peuvent aider beaucoup aussi à nourrir et à protéger l’esprit et le cœur. Lisez ce qui vraiment vous intéresse parce que vous profiterez bien moins de ces livres-là que de ceux que vous ne lisez que par devoir. Le Bon Dieu a vu depuis l’éternité dans quelle misère le monde moderne se plongerait. Il a vu aussi qu’il y aurait encore aujourd’hui des âmes qui veulent aller au Ciel. Est-ce imaginable que même dans les grandes villes infernales que nous connaissons, Il n’aurait laissé pour de telles âmes aucun recours, pour peu qu’elles tiennent à ne pas quitter le chemin du Ciel?
  
Pourtant Il a prévu que tous les moyens extérieurs tomberaient sous le contrôle de Ses ennemis : le téléphone, les courriels, les drones, les universités, la politique, le droit, la médecine, etc., etc. Voilà pourquoi je pense que ce qu’Il vise en permettant à Ses ennemis un tel pouvoir, c’est de nous acculer à revenir vers Lui et vers une vraie pratique intérieure de Sa sainte religion, malgré le pire que les Papes et les prêtres Conciliaires puissent faire pour nous en empêcher. Donc, à mon avis, contentez-vous d’assister à la Messe de St Pie V la moins contaminée qui se trouve près de vous, confessez-vous régulièrement auprès d’un prêtre encore prêt à écouter les confessions et qui ne vous dise pas qu’un péché n’en est pas, et trouvez le moyen d’insérer dans le cours de votre journée tous les 15 Mystères du Rosaire. Et puis « possédez en patience votre âme », et en douceur suppliez Dieu de vous montrer le chemin du Ciel et d’intervenir ici-bas avant que tout ne soit perdu. Malgré toutes les apparences, c’est encore Lui le Maître.
  
Kyrie eleison.