TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

29 avril 2017

[fsspx.news] Pourquoi ce silence du pape face aux dubia sur Amoris lætitia ?

SOURCE - fsspx.news - 29 avril 2017

Au cours du colloque international qui s’est tenu à Rome, le 22 avril 2017, sur le thème « Faire la clarté », à propos des dubia présentés au pape François sur Amoris lætitia (voir DICI n°353 du 14/04/17), un des intervenants, le chilien Claudio Pierantoni, s’est interrogé, dans la conclusion de sa communication, sur la cause du silence du pape, depuis la réception de ces dubia, le 19 septembre 2016. 

Ce qui saute aux yeux dans la situation actuelle c’est précisément la déformation doctrinale de fond qui, même si elle évite habilement toute formulation directement hétérodoxe, manœuvre toutefois de façon cohérente pour s’en prendre non seulement à des dogmes en particulier comme l’indissolubilité du mariage et l’objectivité de la loi morale, mais aussi à l’idée même de doctrine sûre et, avec elle, à la personne même du Christ comme Logos (Verbe de Dieu). Et le pape est lui-même la première victime de cette déformation doctrinale, même si – et c’est une hypothèse de ma part – il en est peu conscient, et s’il est victime d’une aliénation généralisée historique qui frappe de larges pans de l’enseignement théologique.

Dans cette situation, les dubia, ces cinq questions présentées par quatre cardinaux, ont mis le pape dans une impasse. S’il répondait en reniant la Tradition et le magistère de ses prédécesseurs, il passerait formellement pour hérétique, et il ne peut donc pas le faire. Si en revanche il répondait dans la ligne du magistère précédent, il contredirait une bonne partie des principales actions doctrinales effectuées durant son pontificat, et ce serait donc un choix très difficile. Il choisit donc le silence parce qu’humainement, la situation peut sembler sans issue. Mais entretemps, la confusion et le schisme de facto s’élargissent dans l’Eglise.

A la lumière de ce qui précède, un acte de courage supplémentaire est plus que jamais nécessaire, un acte de vérité et de charité de la part des cardinaux, mais aussi des évêques et de tous les laïcs compétents qui souhaiteraient y prendre part. Dans une aussi grave situation de danger pour la foi et de scandale généralisé, une franche correction fraternelle adressée à Pierre est non seulement licite mais il en va même de notre devoir, pour son bien et celui de toute l’Eglise.

Une correction fraternelle n’est ni un acte d’hostilité ni un manque de respect, ni une désobéissance. Elle n’est rien d’autre qu’une déclaration de vérité : caritas in veritate. Le pape, avant même d’être pape, est notre frère.

Dans L’Homme Nouveau du 9 janvier 2017, le philosophe français, Thibaud Collin, lui aussi intervenant au colloque de Rome, se posait la même question sur le silence du pape.

Quel est le sens d’un tel silence officiel ? On peut en faire deux lectures. La première, humaine, consiste à dire que le pape refuse de répondre, car il considère que le texte de l’exhortation est en lui-même clair. Il a chargé le cardinal Schönborn d’expliquer ce que le cardinal Kasper nomme un « nouveau paradigme », celui de l’accompagnement des personnes. Reste à expliquer comment ce nouveau paradigme s’articule avec l’ancien. C’est sur ce point que les quatre cardinaux ont demandé des précisions qui leur ont été refusées. Le pape a cependant répondu indirectement en déclarant au journal Avvenire le 18 novembre 2016 : « Il y a des gens qui continuent à ne pas comprendre, qui raisonnent en noir ou blanc, même si c’est dans le flux de la vie qu’il faut pratiquer le discernement. » Et dans une lettre privée (opportunément publiée) aux évêques de Buenos Aires, il répond à leur texte : « L’écrit est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre 8. Il n’y a pas d’autres interprétations. » Enfin le cardinal Farrell, préfet du nouveau dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, a critiqué publiquement son compatriote Mgr Chaput pour son interprétation rigoriste de l’exhortation.

La deuxième lecture est surnaturelle et consiste à dire que si le pape ne répond pas officiellement mais par des biais privés ou par médiateurs interposés, c’est qu’il ne peut s’opposer frontalement au magistère antérieur et à la Parole de Dieu. N’est-ce pas Jésus lui-même (Mt 19, 3-12) qui a rappelé aux pharisiens, enfermés dans le paradigme casuistique, le caractère normatif de la vérité sur le mariage, tel que Dieu l’a institué « à l’origine » ? La doctrine de l’Eglise, explicitation de la Parole de Dieu, n’est donc pas abstraite ou déconnectée des personnes comme le répètent à l’envi de nombreux « pasteurs ». La loi de Dieu n’est pas non plus un idéal, devenant pour les fidèles, si on leur demande de lui obéir, un fardeau insupportable. Elle est source de vie dans le concret de l’existence de chacun. Dieu donne toujours la grâce de vivre ce qu’Il commande. Rappelons enfin que le discernement cher à saint Ignace ne peut porter que sur des actes bons et jamais sur des actes intrinsèquement mauvais. Il n’y a pas une manière prudente d’être adultère.

(Sources : L’Espresso, trad. Diakonos/Homme Nouveau – FSSPX Actualités 29/04/17)

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Dieu Embauche

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 29 avril 2017

De l’univers entier c’est Dieu qui est le Maître.
Donc Son ciel se remplit malgré maint vilain traître.

Sur de brûlants problèmes actuels l’abbé Jean-Michel Gleize, Professeur de Théologie au Séminaire d’Écône de la Fraternité St Pie X, a rédigé deux articles qui jettent une lumière intéressante sur leur solution. D’abord, le Pape peut-il tomber dans l’hérésie formelle ? Réponse, peut-être, parce qu’on n’a pas toujours cru comme depuis quelques siècles que les Papes sont aussi libres d’erreur. Et ensuite, le document papal Amoris Laetitia montre-t-il que le Pape François est tombé dans l’hérésie formelle ? Réponse, dans le sens strict des mots, non, mais en effet, oui, parce que le néo-modernisme subvertit la doctrine tout en faisant semblant de la maintenir. Cette deuxième question devra attendre un autre numéro de ce « Commentaire », mais pour ne pas se laisser piéger entre le libéralisme et le sédévacantisme, l’abbé Gleize a dû commencer par la première question.

Dans son premier article (qui est plus court), il dit qu’à partir de la dite Réforme Protestante, les théologiens catholiques en général, notamment St Robert Bellarmin, ont tenu que le Pape ne peut pas tomber dans le refus conscient et pertinace d’un dogme défini de l’Église, i.e. dans l’hérésie formelle. Pour étayer leur thèse ils citent l’ordre de Notre Seigneur à St Pierre de confirmer ses frères dans la foi (Lc.XXII, 32), ce qui supposerait que Pierre lui-même ne peut pas la perdre. Et jamais dans toute l’histoire de l’Église, disent-ils, un Pape n’est tombé dans l’hérésie formelle. Par contre avant la révolution Protestante, dit l’abbé Gleize, les théologiens catholiques du 12me au 16me siècle ont jugé en général qu’un Pape peut tomber dans l’hérésie formelle, et cette opinion continue jusqu’aujourd’hui, tout en étant moins commune.

L’abbé conclut qu’en vue surtout des Papes Conciliaires, les théologiens plus récents n’ont pas prouvé leur thèse. Quant à l’argument que Pierre sera toujours protégé par Notre Seigneur de l’hérésie formelle, il faut répondre que la foi est un acte de l’esprit poussé par le libre-arbitre, et il est bien rare que Dieu interrompe le libre-arbitre des hommes. Quant aux Papes dans l’histoire, il y a le cas d’Honorius, anathématisé par ses successeurs pour avoir favorisé l’hérésie monothélite. Certes, pas tous n’acceptent cette conclusion de l’abbé, mais si on la considère du point de vue historique des Sept Époques de l’Église, elle se défend.

Par trois Époques (Apôtres 33–70, Martyrs 70–312, Docteurs 312–500+) l’Église s’est hissée à la Quatrième Époque, les mille ans de la Chrétienté triomphante (500+-1517). Mais vers la fin de ce Moyen Age le Diable, aidé par le péché originel, rongeait la Chrétienté, et les hommes ont lancé la Cinquième Époque, celle de l’Apos tasie (1517–2017 ?). Ici les Chrétiens décadents ont inventé une forme d’hypocrisie après l’autre (Protestantisme, Libéralisme, Communisme, entre autres) pour rendre hommage à la vertu et la civilisation chrétiennes, tout en se « libérant » pour profiter du dernier vice, tel le « mariage » de même sexe. Or le Bon Dieu aurait pu faire durer sans fin le Moyen Age, mais pour cela Il aurait fallu interrompre le libre-arbitre. Donc Il a préféré douer Son Église d’un faisceau de Saints spéciaux pour mener la Contre-Réforme, ce qui lui a valu sur les 500 ans suivants, pour varier la population de Son Ciel, une moisson de Saints post-médiévaux. Donc comme antidote à la corruption de l’homme post-médiéval Dieu aurait choisi de renforcer l’autorité dans Son Église pour que les âmes voulant se sauver, mais ne le voulant plus assez par la vertu intérieure, pussent au moins être dirigées encore vers le Ciel par l’autorité extérieure. A c e moment-là, bien sûr, le Diable s’est mis à travailler surtout les autorités élevées de l’Église, et après quatre siècles et demi c’est comme si le Bon Dieu a dit, « Si vous ne voulez plus de Mon Église à Moi, alors ayez la vôtre, » et voilà Vatican II.

Tout cela fait que l’autorité dans l’Église est en ruines, humainement irréparables, et Dieu va recourir à d’autres moyens pour faire sortir de notre monde spirituellement épuisé une nouvelle moisson d’âmes.

Un Châtiment garantira l’éclat initial de l’Église de la Sixième Époque, mais le Diable et le péché originel y auront comme matière à travailler une nature humaine affaiblie en profondeur par le libéralisme de la Cinquième Époque, en sorte qu’il ne leur faudra pas longtemps pour faire arriver la Septième Époque, celle de l’Antichrist. Mais celle-ci sera en même temps l’Époque de quelques-uns des plus grands Catholiques de toute l’histoire de l’Ã ‰glise – une moisson de Saints exceptionnels.

Kyrie eleison.

[Anne Le Pape - Présent] Entretien avec l’abbé Michel Frament - Prêtre en Martinique

SOURCE - Anne Le Pape - Présent - 28 avril 2017

De passage à Paris, l’abbé Michel Frament évoque son ministère à La Martinique.
— Monsieur l’abbé, quand avez-vous été nommé à Fort-de-France ?
— Je suis parti pour la Martinique en septembre 2016. Ordonné en 2005, je suis resté deux ans à l’école Saint-Joseph des Carmes, puis j’ai passé neuf ans m’occupant de l’économat à Suresnes. Et me voilà à l’autre bout du monde.
Nous sommes trois prêtres au prieuré, aidés par un jeune étudiant dynamique et généreux.
— Quelles sont les facilités et les difficultés que vous trouvez pour assurer votre ministère à Fort-de-France ?
— La plus grande facilité est la situation de la chapelle, en plein centre-ville, l’équivalent de Saint-Nicolas à Paris, si vous voulez. Nous sommes extrêmement bien placés. Nous pouvons y assurer une permanence tous les matins (de 7 h 30 à 10 h 30) après la messe de 6 h 30. Nous rencontrons ainsi les fidèles facilement, ou d’autres gens qui passent, viennent prendre de l’eau bénite, se confesser, parler au prêtre, etc.
Je constate que les catholiques là-bas ont moins de respect humain que les gens de la métropole : ils sont catholiques et fiers de l’être. Ils se montrent extrêmement serviables, nous avons une bonne quarantaine de bénévoles qui nous soutiennent. Les fidèles font preuve d’une grande dévotion envers la Vierge, récitent beaucoup le rosaire. Même en semaine, nous constatons que nous avons du monde aux messes, surtout le jeudi matin, car la cérémonie est suivie du chapelet devant le saint sacrement exposé.
— Avez-vous une école ?
— L’école est assez ancienne. Elle a fermé durant quelque temps mais a pu rouvrir grâce à l’abbé Chrissement. A sa réouverture, il y avait six élèves, l’an passé 16 et cette année 30, ce qui représente une belle croissance sur laquelle nous comptons pour l’avenir. L’école assure actuellement les classes de la maternelle au CM1.
Certaines familles viennent de métropole et choisissent notre école, d’autres parents la découvrent sur place. Les enfants sont de magnifiques petits apôtres ! Nous avons de beaux témoignages de parents, qui s’émerveillent de voir l’enthousiasme des enfants pour leur école. Nous en recueillons les fruits : certains, qui ne pratiquaient pas, viennent désormais à la messe.
— Quelles sont les autres religions représentées en Martinique ?
— Les musulmans sont très peu nombreux, en revanche, on rencontre de nombreuses sectes protestantes ou évangéliques. Je me trouvais l’autre jour dans le garage d’une zone industrielle. Allant faire un tour en attendant la réparation de mon véhicule, j’y ai repéré trois locaux abritant des sectes…
On trouve aussi quelques Indiens pratiquant l’hindouisme mais, parmi les Indiens, certains sont chrétiens.
— Quels sont les pays où le prieuré de la Martinique peut porter la bonne parole, avec des sortes de « missions extérieures » ?
— Nous desservons la chapelle de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Chaque vendredi, l’un des prêtres prend l’avion, assure la messe le vendredi soir après un catéchisme pour adultes, le samedi matin (suivie d’une permanence) ainsi que le catéchisme pour les enfants l’après-midi, la messe du dimanche bien sûr et la messe du lundi matin (suivie d’une permanence).
Nous y avons un bel apostolat pour la jeunesse. Le père Mavel, notamment, a lancé des matchs de basket le dimanche après-midi. Beaucoup d’enfants ont ainsi commencé le catéchisme et persévèrent et, là aussi, par les enfants, on touche les parents. Certains enfants seront baptisés en mai prochain. Notre chapelle est devenue jolie, ce nous est une aide pour l’apostolat. Il y passe beaucoup de monde, nous avons doublé notre effectif en deux ans.
Nous nous rendons également tous les deux mois en Guyane et y restons huit jours. Nous y avons deux centres de messes : l’un à Kourou et l’autre à Cayenne. A Kourou, la paroisse nous prête une chapelle dans un quartier populaire, l’évêque est bien sûr au courant, je l’ai rencontré pour me présenter à lui. Mgr Lafont s’est montré très accueillant et cordial.
Nous avions autrefois une salle prêtée également à Cayenne, mais elle a été fermée pour des raisons de sécurité. Nous ne désespérons pas d’en obtenir une autre. Nos fidèles sont en partie des gens de Guyane et en partie des expatriés, des militaires par exemple.
— Quelles sont les différences qui vous frappent entre les Français de La Martinique et ceux de « l’hexagone » ?
— La plus grande différence qui me frappe entre ici et là-bas est la joie dans les rues en Martinique, la bonne humeur. Quel contraste avec le côté anonyme de la vie à Paris, par exemple ! Je pensais auparavant qu’il s’agissait d’un cliché, mais j’en constate la vérité. Autre différence : les liens sont forts avec les grands-parents, les familles plus unies. Bien sûr, on y trouve comme ici des familles éclatées, des femmes qui élèvent seules leurs enfants. Mais les liens entre les générations se sont sans doute mieux maintenus.
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Propos recueillis par Anne Le Pape
Pour aider l’école, merci d’envoyer vos dons (reçu fiscal sur demande) ou des timbres neufs à : école Saint-Dominique-Savio, 40 av. Martin-Luther-King, 97 200 Fort-de-France (les enfants prient chaque jour et une messe mensuelle est célébrée pour les bienfaiteurs).

27 avril 2017

[Riposte Catholique] Dédiabolisation de la FSSPX: décision exemplaire de Mgr Planet

SOURCE - Riposte Catholique - 27 avril 2017

On sait qu’une lettre de la Commission Ecclesia Dei du 27 mars 2017 informait les évêques de l’univers que le pape avait approuvé des dispositions visant à assurer la validité de mariages célébrés par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X. Interprétant le plus généreusement possible les dispositions de cette lettre, Mgr Alain Planet, évêque de Carcassonne, par décret qui sera bientôt publié, donne sans restriction, sur tout le territoire de son diocèse, délégation pour recevoir les consentements matrimoniaux à tous les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X dans toutes les chapelles de cette Fraternité. Les mariages qu’ils célébreront seront inscrits sur les registres de la chancellerie diocésaine.
    
En outre, si les mariages sont célébrés par ces prêtres dans des églises paroissiales, les curés sont invités à déléguer leurs pouvoirs ordinaires pour recevoir les consentements, comme ils le feraient pour tous prêtres catholiques.

[Mgr Fellay, fsspx - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] Le libre examen de Luther nie la nécessité d’une autorité surnaturelle et rend impossible l’unité dans la Vérité.

SOURCE - Mgr Fellay, fsspx - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - 26 avril 2017


Le libre examen de Luther nie la nécessité d’une autorité surnaturelle et rend impossible l’unité dans la Vérité. 

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Il y a cinq cents ans, Martin Luther se révoltait contre l’Eglise, entraînant à sa suite un bon tiers de l’Europe – ce fut probablement la perte la plus importante que l’Eglise catholique ait eu à subir durant son histoire, après le schisme d’Orient de 1054. Il a ainsi privé des millions d’âmes des moyens nécessaires au salut, les éloignant non d’une organisation religieuse parmi d’autres, mais bel et bien de l’unique Eglise fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont il a nié la réalité surnaturelle et la nécessité pour le salut. Il a complètement dénaturé la foi, dont il a rejeté les dogmes fondamentaux que sont le saint Sacrifice de la messe, la présence réelle dans l’Eucharistie, le sacerdoce, la papauté, la grâce et la justification.

Au fondement de sa pensée, qui est celle du protestantisme dans son ensemble aujourd’hui encore, il y a le libre examen. Ce principe revient à nier la nécessité d’une autorité surnaturelle et infaillible qui puisse s’imposer aux jugements particuliers, et trancher les débats entre ceux qu’elle a pour mission de guider sur le chemin du Ciel. Ce principe clairement revendiqué rend tout simplement impossible l’acte de foi surnaturel, qui repose sur la soumission de l’intelligence et de la volonté à la Vérité révélée par Dieu et enseignée par l’Eglise avec autorité.

Le libre examen, érigé en principe, rend non seulement inaccessible la foi surnaturelle qui est la voie du salut (« Celui qui ne croira pas, sera condamné », Mc 16, 16), mais aussi il rend impossible l’unité dans la Vérité. Il a ainsi établi en principe l’impossibilité pour les protestants du salut éternel, et de l’unité dans la Vérité. Et de fait la multiplication des sectes protestantes ne cesse d’augmenter depuis le XVIe siècle.

Devant un spectacle si désolant, qui ne comprendrait les efforts déployés maternellement par la véritable Eglise du Christ pour rechercher la brebis perdue, qui ne saluerait ses nombreuses tentatives apostoliques pour libérer tant d’âmes enfermées dans ce principe fallacieux qui leur interdit l’accès au salut éternel ? Ce souci du retour à l’unité de la vraie foi et de la vraie Eglise traverse les siècles. Il n’est pas du tout nouveau ; que l’on considère la prière du Vendredi Saint :

Prions pour les hérétiques et les schismatiques, afin que notre Dieu et Seigneur les arrache de toutes les erreurs et qu’il daigne les ramener à notre sainte Mère, l’Eglise catholique et apostolique.

Dieu tout-puissant et éternel, qui sauvez tous les hommes et voulez qu’aucun d’eux ne se perde ; regardez les âmes trompées par la ruse diabolique, afin que les cœurs de ceux qui errent, ayant déposé toute perversité hérétique, se repentent et reviennent à l’unité de votre vérité. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ce langage traditionnel ne laisse aucune place à la confusion si largement répandue aujourd’hui au nom d’un faux œcuménisme. Les mises en garde de la Congrégation du Saint-Office en 1949, à la suite de plusieurs documents pontificaux, dont le plus important est certainement l’encyclique de Pie XI Mortalium animos (1928), ces justes mises en garde semblent désormais lettre morte. Pourtant les dangers de cet irénisme œcuménique, dénoncé par Pie XII dans Humani generis (1950) sont immenses et gravissimes, car il décourage les conversions au catholicisme. Quel protestant, voyant louer les « richesses » et « vénérables traditions » de la Réforme de Luther, éprouverait le besoin de se convertir ? Et d’ailleurs, le mot même de « conversion » est actuellement banni du vocabulaire catholique officiel, dès lors qu’il s’agit des autres confessions chrétiennes.

En outre, cette nouvelle attitude, faite de louanges pour le protestantisme et de repentances pour le catholicisme, cause – c’est un constat – la perte de la foi chez d’innombrables catholiques. Chaque sondage interrogeant la foi des catholiques montre les ravages que produit cet alignement effarant sur le protestantisme. Combien de catholiques sont atteints au XXIe siècle par ce que l’Eglise a condamné, jusqu’au Concile, sous le nom d’indifférentisme ? Erreur funeste qui affirme que tout le monde est sauvé, quelle que soit sa religion. Erreur qui s’oppose frontalement à l’enseignement de Notre Seigneur lui-même et de toute l’Eglise à sa suite. Pourtant, en dénonçant cette erreur contre la foi catholique bimillénaire, l’on passe immédiatement pour un fanatique ou un dangereux extrémiste.

C’est aussi au nom de ce nouvel œcuménisme qu’a été inventée la nouvelle liturgie. Elle entretient avec la Cène protestante des rapports tels que plusieurs théologiens protestants ont pu affirmer la possibilité pour leurs coreligionnaires d’utiliser le nouveau missel catholique, ainsi Max Thurian à Taizé. Et pendant ce temps, les enfants de l’Eglise catholique se voyaient privés des plus beaux trésors de la louange divine et de la grâce. Dieu merci, Benoît XVI a courageusement déclaré que la liturgie pluriséculaire n’avait jamais été abrogée, mais – pendant plus de 40 ans, dans le monde entier – la réforme liturgique postconciliaire a éloigné des millions de fidèles des églises, car ils n’y trouvaient plus ce qu’ils attendaient de l’Eglise catholique.

Comment s’étonner dès lors que cet œcuménisme censé promouvoir l’unité des chrétiens ne fasse que bien peu de progrès ?

Mgr Marcel Lefebvre, dès le Concile, dénonça cette nouvelle façon de procéder avec les protestants, qui s’abritait sous le nom d’œcuménisme. De fait, ce vocable très élastique exprime une manière générale de voir et de faire, introduite dans l’Eglise au moment de Vatican II. Il s’agit d’une bienveillance affichée envers tous les hommes, d’une volonté arrêtée de ne plus condamner l’erreur, d’une recherche tous azimuts de ‘ce qui nous unit’ plutôt que de ce qui nous sépare... Et ce qui aurait dû n’être que le premier pas d’une démarche vers l’unité, dans le cadre d’une captatio benevolentiæ, s’est transformé rapidement en une recherche voulue pour elle-même, devenue sa propre fin ; une quête incessante à la poursuite d’une vérité indéfinie. Elle s’est alors écartée de sa fin objective : le retour à l’unité de l’Eglise de ceux qui l’ont perdue. Ainsi le sens du mot œcuménisme a été changé, le concept d’unité a été modifié, et les moyens pour y parvenir ont été faussés.

A la clarté traditionnelle d’une Eglise qui sait être la seule vraie et qui le proclame haut et fort, s’est substituée une doctrine nouvelle et incertaine – mélange d’autodénigrement repentant et de relativisme post-moderne (‘nous ne possédons pas toute la vérité’, par exemple) –, ce qui conduit actuellement une majorité de catholiques à renoncer à l’affirmation qu’il n’y a qu’une seule voie de salut, et que nous tenons de Jésus-Christ lui-même : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6).

On a subrepticement changé le sens du dogme « Hors de l’Eglise pas de salut » par des idées confuses, jusqu’à altérer l’affirmation de l’identité de l’Eglise du Christ et de l’Eglise catholique. Le cardinal Walter Kasper, alors président du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, voyait dans la nouvelle définition de l’Eglise (subsistit in) ce qui a rendu tout simplement possible l’œcuménisme promu depuis le Concile. Venant d’une telle personnalité, c’est un aveu de taille, à prendre au sérieux !

Voilà, en quelques mots, pourquoi nous ne pouvons pas célébrer dans la joie le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Bien au contraire, nous pleurons cette cruelle déchirure. Nous prions et œuvrons, à la suite de Notre Seigneur, pour que les brebis retrouvent le chemin qui les conduira sûrement au salut, celui de la sainte Eglise catholique et romaine.

Nous prions aussi pour que soit abandonné bien vite cet irénisme illusoire et pour qu’à sa place renaisse un vrai mouvement de conversion, tel qu’il existait avant le Concile, en particulier dans les pays anglophones.

Enfin, en ce centenaire des apparitions de Notre Dame aux trois petits bergers de Fatima, nous prions également pour que soient entendus les appels de la Très Sainte Vierge Marie. Elle a promis la conversion de la Russie, lorsque le Souverain Pontife voudra bien consacrer explicitement ce pays à son Cœur Immaculé. Redoublons nos prières et sacrifices, afin que la promesse de la Mère de Dieu devienne réalité, sans tarder.

Qu’elle daigne avec son divin Fils, cum prole pia, vous bénir en ce temps pascal, et nous conduire tous à la béatitude éternelle.

Dimanche de Pâques 2017
+Bernard Fellay